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8e journée du Paysan: Quand le volontarisme se heurte aux dures réalités!
L'UIDH en quête de performance
Un arbre de Noël pour les orphelins du Sida:
Opposition Burkinabè Unie ( OBU ): Ses symboles et ses cibles


8e Journée Nationale du Paysan

Quand le volontarisme se heurte aux dures réalités

La 8e édition de la Journée nationale du Paysan a été célébrée le 27 décembre 2003 à Kaya. Des engagements pris à N'Dorola lors de la 7e édition, un seul n'a pu être tenu. Même les performances réalisées risque de se heurter aux dures réalités du marché.

" La Journée nationale du paysan est une idée géniale. Cette année, au Mali, nous avons emprunté le pas au Burkina. " Ce sont là les propos de l'ambassadeur du Mali avec qui nous avons échangé pendant la cérémonie d'ouverture de la Journée. Il y a en effet comme un challenge entre l'Etat et les producteurs à tenir chacun ses engagements. Chaque année, la Journée du paysan est l'occasion d'une revue des statistiques de campagnes où gouvernement et producteurs examinent problèmes et difficultés rencontrées dans les différentes filières de production et prennent des engagements pour l'avenir. Avec une production céréalière de plus de 3 millions de tonnes et un excédent de 1. 008 600 de tonnes, la fête paysanne annuelle se tenait sous de bons auspices. A y voir de près, cette production record n'est pas le seul fait d'un ciel généreux. On doit aussi ce succès à une mobilisation assez exceptionnelle des producteurs qui ont allié force de production et savoir-faire pour relever le niveau de fertilité des sols à un taux de 98% grâce à la production de 800 000 tonnes de fumures organiques par an. L'engagement du monde paysan s'est traduit par ailleurs par l'accroissement des statistiques dans le domaine des semences améliorées : 360 producteurs et 17 inspecteurs semenciers mobilisés, 140 agents encadreurs formés, 8 fermes semencières réhabilitées. Sur le front de l'organisation, 8 des 13 régions agricoles disposent de 15 groupements de producteurs semenciers de 421 membres. Quant à la production de semences, elle est de 2700 tonnes pour les paysans et de 2350 tonnes pour les nouveaux acteurs de la filière. Le bonnet d'âne de cette dynamique productive revient toutefois à la filière fruits et légumes dont la production annuelle estimée à 280 000 tonnes connaît une chute au niveau des exportations. La baisse de la part de marché représente 58, 7% toutes spéculations confondues. Les principaux produits d'exportation que sont la mangue et le haricot vert souffrent des contraintes liées à la filière, en particulier l'absence d'équipement pour la conservation, la transformation mais aussi le transport. A titre d'exemple, les exportations du haricot vert ont chuté de 66,6%. C'est une catastrophe pour les producteurs de la filière d'autant que le marché national enregistre un fort taux de perte en raison de la faiblesse des infrastructures de stockage et de conservation.
Malgré la déprime du marché, les acteurs de la filière fruits promettent de produire 10% de plus tandis que les pêcheurs annoncent pour leur part 12500 tonnes de poisson. Mais produire est-il une fin en soi ? Le ministre Salif Diallo a déjà sonné l'alarme. " Nous allons vers une catastrophe si nous ne trouvons pas une solution au problème de marché. ", déclare-t-il. Il est en effet dangereux de demander aux paysans de produire toujours plus si les contraintes qui grèvent l'essor des filières ne sont pas levées. De plus, même excédentaire, la production agricole est encore loin de résoudre la question de l'autosuffisance alimentaire.
Environ 1.100.000 personnes connaissent toujours une insécurité alimentaire structurelle. Les producteurs burkinabè se trouvent donc à la croisée des chemins où leur capital de savoir-faire et de travail est menacé par des difficultés en aval qui empêchent un réel décollage du secteur.

GBN

L'UIDH en quête de performance

" Nous avons dû arrêter l'horloge, si bien que nous ne nous sommes pas rendu compte que dehors, ses aiguilles tournaient en ce temps… Les échanges ont été difficiles comme l'est la situation politique, sociale, économique et culturelle en Afrique." C'est par ces mots lapidaires, passablement sibyllins que Halidou Ouédraogo entamait le 18 décembre dernier, le discours de clôture du 3e congrès. Prévu initialement pour se tenir en une seule matinée, deux jours ont à peine suffi pour faire le point des questions inscrites et non inscrites à l'ordre du jour. En onze (11) ans d'existence, l'Union interafricaine des droits de l'Homme (UIDH) qui a réussi son implantation dans une quarantaine de pays et qui compte un réseau de 50 associations peine cependant pour développer des activités d'envergure à la hauteur des défis qui se posent au continent. Le 3e congrès a donc voulu apporter une réponse adéquate à cette équation en proposant un plan stratégique sur cinq (5) ans et en invitant toutes les composantes de l'organisation à œuvrer à son succès. L'organisation a été invitée à cet effet, à conformer ses objectifs à ce plan stratégique, qui apparaît désormais comme le cadre normatif de référence où doivent s'inscrire toutes les actions à venir en vue d'une visibilité et d'une efficacité plus grandes. Au niveau du fonctionnement interne, on note l'adoption du principe des réunions tournantes (congrès et autres rencontres statutaires du bureau de coordination). Enfin, le congrès a demandé que soit inscrite dans l'agenda du nouveau bureau, la recherche de sources de financement propres, conformément aux règles légales. Cette question est importante parce que la viabilité de l'organisation en est fortement tributaire. Comme pour faire pendant au lancement de l'Observatoire des droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA, le congrès a recommandé sa démultiplication dans chaque pays membre de l'Union.
Nombre d'observateurs s'attendaient à ce que l'UIDH fasse étalage de ses divergences. Or, il apparaît que non seulement quitus a été délivré au bureau sortant conduit par Halidou Ouédraogo pour sa gestion financière mais que ce dernier a été reconduit à l'unanimité pour trois ans au poste de président. A écouter Halidou Ouédraogo lui-même, malgré ce consensus sur sa personne, les débats ont été fort houleux. Caricaturant sans doute les oppositions, il parlera de deux visions qui se sont affrontées au cours de ce congrès : " une vision passéiste, obscurantiste et rétrograde et une vision intelligente, combattante et innovatrice ". Ces visions antagonistes ont été heureusement contenues dans les limites d'un débat démocratique et n'ont provoqué ni schisme ni déchirure. Dans son point de presse du 23 décembre, Halidou Ouédraogo a lancé non sans un brin d'ironie et en guise de consolation à ses contempteurs : "c'est mon dernier mandat, sauf tremblement de terre ! "

GBN


 

Un arbre de Noël pour des orphelins du Sida

"J'ai perdu mon mari il y a 9 mois. Il m' a laissée avec deux enfants en charge dont une fille qu'il avait eue avec une autre femme. Depuis sa disparition, sa famille ne met plus pied à la maison. Elle attend peut-être que la mort m'emporte pour venir vendre la cour. " Ces propos sont de Joséphine Compaoré, membre de l'association " Vie Positive ". Elle a organisé un sympathique arbre de Noël à l'intention des enfants orphelins du Sida. L'association " Vie positive " fait de la prise en charge sociale, médicale et économique des personnes vivant avec le sida.
En 1997, le Burkina comptait 370 000 séropositifs, soit 7,6% de séro-prévalence. En moins d'une décennie, ce chiffre a presque doublé. Aujourd'hui, on dénombre plus de 600 000 séropositifs. Le taux de séro-prévalence se stabilise par contre à 6,5%. Pour Mme Joséphine Compaoré : " l'Etat doit faire du dépistage une urgence au regard de la proportion du mal. Il doit exiger des candidats aux différents concours de la fonction publique un dépistage obligatoire. De telles décisions pourront permettre une nette régression de la pandémie. " Madame Compaoré demande à chacun de faire face à son destin, et ne pas continuer à entretenir le flou dans son esprit faute de courage. les enfants orphelins ont besoin de plus de protection, ne plus jamais mourir de faim, aller à l'école, comme le chante un de nos talentueux musiciens concernant les enfants. Pour des gosses dont les père et mère sont morts du Sida, le sort ne peut que s'acharner sur eux, à moins de bénéficier du soutien du reste de la société. L'association organisatrice de l'arbre de Noël en a fait son credo. Sous son aile protectrice, 400 orphelins. Konsebo Pauline, orpheline de père, est heureuse : " Je suis contente d'avoir reçu des cadeaux, je vais davantage travailler à l'école pour faire plaisir à ma mère et à ceux qui s'occupent de nous ". Bon nombre se disent contents du traitement qu'ils reçoivent, le cadre leur permettant d'échanger et de se réconforter mais ils souhaiteraient bénéficier des micros crédits pour mener des activités génératrices de revenus, car c'est dur de vivre en éternel assisté. Une positive initiative de "Vie positive " pour les orphelins du Sida, l'occasion était belle pour quelques artistes musiciens de communier avec ces fleurs humaines qui embellissent les foyers et font régner la joie, même si leurs parents ont été prématurément arrachés à leur affection. Des orphelins certes, mais des enfants de notre société.

Mernepta N. Zougmoré
Opposition Burkinabè Unie ( OBU ): Ses symboles et ses cibles

Ce regroupement politique affectionne bien les symboles. Né un 5 août (date de l'indépendance du Burkina) à l'initiative de deux partis politiques, il s'est élargi un 11 décembre et l'a officialisé le 3 janvier, deux autres dates importantes de l'histoire de notre pays. Les trois nouveaux venus sont le CNDP, le PDN et le PSU. Cet élargissement de l'OBU a été accompagné de la finalisation de ses textes fondamentaux et de sa structuration organisationnelle. Les partis membres délèguent leurs prérogatives à la Fédération (OBU) sur certaines questions, notamment les questions électorales, les questions relationnelles avec le pouvoir et les relations multilatérales. Ce qui implique que la participation à un gouvernement tout comme l'alliance avec d'autres partis politiques relèvent de l'OBU. Par contre, chaque parti conserve son autonomie idéologique, organisationnelle et financière.
La cible de l'OBU, c'est d'abord le parti au pouvoir. Selon Laurent Bado : " Le CDP doit mourir pour que le pays vive. " Pour réaliser cet objectif, " il apparaît donc la nécessité de créer un pôle nouveau de regroupement [des partis d'opposition] défensifs et de qualité qui est à même d'emporter la confiance du peuple." L'OBU sera-t-elle à même d'emporter la confiance des autres partis de l'opposition? Cela n'est pas évident. D'abord, à l'intérieur même de l'union, il y a nécessité de concilier l'autonomie idéologique de chaque parti et l'affirmation commune de l'option socialiste. Sinon, à la longue, ce serait la porte ouverte aux prétextes pour justifier des scissions. Ensuite, on se demande quelles seront les relations de l'OBU avec le PDP du Pr. Ki-Zerbo. Bien que ces deux entités politiques partagent presque les mêmes visions idéologiques, leur rapprochement risque cependant d'être impossible à réaliser. Certains voient même dans l'OBU (en exeptant le Paren) le regroupement " des dissidents, déflatés et déçus du PDP ". Parmi les cinq leaders de l'OBU, trois sont en effet des anciens compagnons du " vieux ".
Enfin, la volonté affichée " d'unir l'opposition " sous le label de l'OBU se heurte aux multiples postures des partis d'opposition. Ces partis sont-ils solubles dans un seul cadre ? Malgré ces limites, l'émergence de l'OBU a le mérite de reposer la question du nécessaire regroupement en pôles homogènes des partis d'opposition, voire de l'ensemble de la classe politique burkinabè.

Idrissa Barry

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 10 Janvier 2004