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Contre-jour

10 ans d'existence: Le RAJS/BF marque une pause pour mieux agir
Un prof de français tente de suicider au Ministère

3 janvier 1966:Un soulèvement populaire et voilà l'armée au pouvoir !
Les monuments de Simon

10 ans d'existence
Le RAJS/BF marque une pause pour mieux agir

Pour qui veut gagner le combat de demain, il est impératif de marquer un arrêt et d'évaluer son parcours passé. Conscient de cela, le Réseau africain jeunesse santé et développement au Burkina Faso (RAJS/BF) a fait une halte le 23 décembre 2011 pour évaluer les résultats des 10 ans de son existence pour plus d'actions. Ce qui se justifie à travers le thème : "le RAJS/BF, 10 ans d'existence, bilan et perspectives ". Ainsi dit, le coordonnateur provincial du Kadiogo, Daouda Djouma, a fait un bref exposé de cette décennie. Pour lui, après 10 ans d'engagement, de responsabilité et d'action en faveur de la jeunesse, c'est une fierté de croire que le changement était possible avec une jeunesse responsabilisée et combative. Le bilan est ainsi jugé satisfaisant. Entre 2006 et 2010 c'est plus d'une dizaine de projets qui ont été réalisés au profit des jeunes. La période 2001-2005 a été aussi forte en réalisations desquelles on retient l'appui à 3224 jeunes rapatriés de la Côte d'Ivoire et leur intégration dans les clubs, et le soutien alimentaire à 750 familles de PV/VIH. Durant les 10 ans de vie, le réseau note une évolution conséquente du niveau des adhésions. De 40 associations à sa création en 2001, le recensement de 2009 a indiqué 325 associations membres.
Dans un souci de mettre les jeunes au centre de l'action et pour plus d'efficacité et d'autonomisation de l'organisation, le réseau a procédé à un réaménagement. La mise en place d'un conseil d'administration nationale dont le président (PCA) est Bagnomboué Bakiono et un secrétariat exécutif national. " Les jeunes doivent être au cœur du changement parce qu'ils sont le véhicule de tout développement durable. Nous avons donc réorganisé notre entreprise sociale non seulement pour qu'elle puisse avoir les premiers acteurs qui orientent la vision de l'organisation mais également d'avoir des jeunes comme acteurs de 1er plan dans les domaines de l'expertise, de la représentivité et de la participation. C'est cela qui nous a amenés à réorganiser la structure pour avoir un conseil d'administration et un secrétaire exécutif national qui permettra aux jeunes d'être au cœur de notre action". Le RAJS/BF reste convaincu que " c'est dans l'action que nait l'espoir". Et pour faire naitre cet espoir au niveau de la jeunesse, il s'est fixé comme défis à relever au titre du quinquennat 2011-2015 les problèmes socio-économiques de sa population cible. Il s'agit d'élargir des activités par la promotion de l'insertion socio-économique des adolescents et jeunes. D'améliorer l'accès des adolescents et des jeunes aux services d'information, de conseils et d'orientation par rapport à des opportunités et structures de renforcement socio-économique. Ou encore, offrir l'appui technique et assurer l'accompagnement des initiatives des jeunes en entreprenariat. A la question de savoir si cela ne va pas désorienter le RAJS/BF de son objectif premier, notamment les questions de santé des adolescents et jeunes, M. Bakiono répond par la négative. " Le jeune qui est dans une situation socio-économique vulnérable n'utilise pas à bon escient l'information sur la santé. Pour nous, c'est de voir comment en résolvant les problèmes socio-économiques des jeunes et en leur donnant l'information, ils ne tombent pas dans le fatalisme : de toute façon pourquoi vivre si j'ai des problèmes ", a-t-il expliqué. Cela se comprend aisément par la vision du réseau qui veut que d'ici 2015, le RAJS/BF "œuvre à l'émergence d'une jeunesse saine, citoyenne, actrice de son propre développement dans un environnement favorable aux préoccupations des adolescents et des jeunes". C'est le 21 juillet 2001 que la mise en œuvre du RAJS/BF a été effective au cours d'un atelier qui a regroupé 40 associations. Au regard de sa croissance rapide, il est obligé d'étendre ses actions. Ainsi, le Réseau africain des jeunes contre le Sida au Burkina Faso devient le 09 avril 2006 Réseau Africain Jeunesse Santé et Développement au Burkina Faso. Aujourd'hui, un seul dogme nourrit l'action des Hommes regroupés en son sein : "il ne s'agit pas de savoir ce que mon pays a fait pour moi, mais c'est ce que j'ai fait pour mon pays"

Basidou KINDA (stagiaire)




 

Un Prof de français tente de se suicider au Ministère

Le 6 janvier dernier, un professeur de français du lycée municipal de Dori a tenté de se suicider devant le ministère de l'Enseignement secondaire et du supérieur. Mathias B. Nikiéma a avalé plusieurs comprimés, occasionnant une intoxication médicamenteuse. Il est tombé dans le coma et c'est une ambulance qui l'a évacué à l'hôpital Yalgado. Aux dernières nouvelles, il est sorti de l'hôpital et a rejoint sa ville natale Koudougou pour quelques jours de repos. Pourquoi en est-il arrivé à cet acte affreux ? C'est une affaire de séparation de couple. Le monsieur a été affecté à Dori en 2010 tandis que sa femme enseigne dans une école publique à Sabou dans le Centre-Ouest. C'est en 2OO6 qu'elle a été affectée dans cette localité pour se rapprocher de son mari qui enseignait à Toébaka/Thyou dans la même province. Auparavant, elle servait à Bani dans la province du Séno, chef-lieu Dori. Elle avait eu le concours régional des enseignants et devait rester en principe 10 ans dans la région du Sahel. Mais ne voulant pas rester loin de son mari, elle a dû démissionner pour le rejoindre dans le Centre-Ouest. Puis en février 2010, suite à un concours de recrutement des professeurs issus du primaire, Mathias Nikiéma a été affecté comme professeur de français au lycée municipal de Dori à la rentrée 2010-2011. Sa femme s'est opposée à cette affectation pour des raisons de "séparation de couple". Le professeur va néanmoins rejoindre Dori avec la promesse de son ministre de l'époque (Paré) d'examiner favorablement sa situation à la rentrée scolaire 2011-2012. Mais la crise est passée par là et Paré est parti avec le gouvernement de Tertius Zongo. Sa femme a tenté le suicide le 25 septembre dernier à Koudougou. Voici ce qu'elle a écrit avant sa tentative : "J'ai choisi de mettre fin à mes jours par la voie de l'intoxication pour enfin me reposer de toutes mes souffrances. Je regrette d'avoir existé dans un monde où les supérieurs font tout à leur guise sans pour autant accorder le moindre temps d'écoute aux problèmes qui, le plus souvent, sont liés à la survie de leurs agents. Toi mon mari, je ne t'en veux pas. C'est ton ministère qui nous a séparés, qui t'a mis dans cette solitude. Etant homme, tu l'as donc supporté difficilement si bien que des voleuses de maris se sont infiltrées." En effet, elle avait vu un message d'une femme, également professeur à Dori, qui se plaignait de l'absence prolongée de son "chéri". "Depuis que tu es parti à Koudougou, je ne dors plus ; tu me manques beaucoup.", disait le message. En octobre dernier, le monsieur a relancé le nouveau ministre, mais il a reçu une réponse sèche : pas question de rejoindre sa femme dans le Centre-Ouest. Pour le ministre, le professeur doit choisir entre rester à Dori et retourner à l'enseignement du primaire avec en sus un rabaissement de sa catégorie de A à B. La semaine dernière, il est de nouveau revenu à la charge pour négocier avec Albert Ouédraogo. Le ministre était absent. Par désespoir de cause, il a tenté de mettre fin à ses jours. Il ne supporte plus de voir sa femme souffrir. Elle a perdu beaucoup de poids en quelques mois (de 67 à 48kg). Ils ont deux enfants. Certes, ils ne sont pas les seuls à subir une telle situation de séparation de couple. La Fonction publique en regorge. Mais est-ce pour autant qu'on ne doit pas se pencher sur leur sort ?

Idrissa Barry


 

3 janvier 1966
Un soulèvement populaire et voilà l'armée au pouvoir !

Le 3 janvier 1966. Cette date reste une marque déposée et une référence dans l'histoire politique du Burkina. Maurice Yaméogo alors président de la République est renversé pour des raisons de mal gouvernance, à la limite de dérives dictatoriales. Le 28 décembre 1965, il publie son budget d'austérité avec une réduction de salaires de 20% et l'allocation familiale de 1500 frcs CFA à 700 frcs CFA. Les centrales syndicales, soutenues par certains partis clandestins, ont mobilisé toutes les couches sociales et dont l'effet a mis fin au régime dit "dictatorial" de Maurice Yaméogo. C'est dire que la date du 03 janvier 1966 a mis fin à la 1re République.
Un souhait effectif des populations manifestantes: "l'armée au pouvoir ! Vive l'armée !", scandait ainsi la foule à la suite d'un certain Baba Sidiki Kontogomdé. La foule étant "un phénomène passionnel, instinctif et dangereux car incontrôlable", pour citer le Français Gabriel Tarde, elle a échappé au contrôle des meneurs de la manifestation, notamment les syndicats. Tolé Sagnon, président du mois (janvier 2012) de l'intersyndical et Secrétaire Général du CGTB (Confédération nationale des travailleurs du Burkina) justifie cela par les limites des syndicats à l'époque : "le syndicat a des limites liées à sa capacité d'organisation de masse". La masse étant celle-là (défaut de savoir) qui a crié "A bas Maurice, l'armée au pouvoir !" Au regard de leur appel à l'armée, dans la même nuit du 3 janvier 1966, le président Yaméogo s'adresse pour la dernière fois à la nation, à travers la radio et à la télévision, pour annoncer sa démission et la remise du pouvoir à l'armée.
C'est depuis lors que l'armée est au pouvoir, selon certains témoins de cette date historique. Les manifestants avaient pour slogan : "Du pain - de l'eau - de la démocratie". Ils pensaient (par ignorance ?) que l'armée pouvait ainsi répondre à ces besoins. Cela semble être une erreur monumentale. En effet, selon Tolé Sagnon, le lieutenant-colonel Lamizana devenu de fait, président de la république, ne s'est pas démarqué de son prédécesseur. Pour preuve, il mit en œuvre un programme d'austérité économique. La déception se fait sentir à travers une grève générale des syndicats. Et ça ne s'arrête pas là. Durant 46 ans, le Burkina a été et est dirigé par des militaires élus démocratiquement ou non. "L'armée étant née de la politique, l'armée fera la politique à son compte", fait comprendre le Pr Basile Guissou. Et pendant tout ce temps, les populations en général et les centrales syndicales en particulier semblent ne pas trouver le salut de l'âme. L'arrivée aux affaires par un coup d'Etat du colonel Saye Zerbo en est un exemple. Si au temps de Lamizana, les syndicats pouvaient manifester pour réclamer de meilleures conditions de vie et de travail, ce n'était pas le cas avec Zerbo.
En effet, ce dernier a, le 1er novembre 1981, suspendu le droit de grève. Cela s'est concrétisé par la dissolution de la Confédération syndicale voltaïque (CSV) ; un mandat d'arrêt est lancé contre son Secrétaire général, Soumane Touré. Un geste qui s'est poursuivi sous la révolution avec le licenciement de plus de mille (1000) enseignants grévistes en mars 1984.
Aujourd'hui, sous la 4e République, le peuple tire toujours le diable par la queue et la démocratie reste formelle. A titre d'exemple, il est cité la vie chère qui a fait naitre la Coalition contre la vie chère (CCVC) en 2008. Les négociations entre gouvernement et syndicats donnent toujours des résultats qui ne satisfont pas le panier de la ménagère burkinabè. Le 3 janvier 2012, ils se sont retrouvés à la Bourse du travail de Ouagadougou pour commémorer le 46e anniversaire de ce qu'ils qualifient d'"acte de bravoure du peuple contre les dérives autoritaires". La journée était placée sous le thème : "Le soulèvement populaire du 3 janvier 1966 sous la conduite des syndicats: quelles leçons à retenir dans sa 46e année?". Un thème choisi pour ainsi tirer des enseignements. Les syndicats comptent poursuivre, en 2012, les négociations avec le gouvernement sur les points non satisfaits de leur plate forme revendicative.

Basidou KINDA (stagiaire)



Les monuments de Simon


Etes-vous déjà passé par l'avenue longeant la Mairie centrale ? Avez-vous déjà vu les monuments dédiés aux cinéastes ? Les aimez-vous ? Moi, pas. Je les trouve laids, horribles, hideux, monstrueux. La première fois que j'ai vu le premier monument, celui de Sembène Ousmane, n'eut été son incomparable pipe, je n'aurais jamais su que c'était lui. Je ne l'ai pas reconnu. Puis les deux autres se sont ajoutés. Je n'ai pas reconnu non plus ceux qu'ils représentaient, à savoir Idrissa Ouédraogo et Gaston Kaboré. Quand on veut faire honneur à quelqu'un, on lui offre quelque chose de beau, de marquant que cette personne serait fière de montrer à tout le monde. Mais ces cadeaux hideux ? Les artistes représentés en sont-ils fiers ? Ne sont-ils pas gênés de se voir ainsi ?
Pour Sembène, c'est sûr, il ne se lèvera pas de sa tombe pour venir contempler ce qui n'est pas lui. Même si je pense qu'avec son humour sans faille, il doit rire de là où il est et à se demander : "Mais qu'ai-je bien pu faire à mes frères burkinabè pour qu'ils me caricaturent ainsi ?" On a voulu rendre hommage à ces talentueux cinéastes. Très belle initiative, louable, voire à encourager car en Afrique, on oublie trop souvent nos créateurs considérés comme des paresseux, des bons à rien, n'ayant pas un ''vrai travail'', de véritables parias en somme. Mais ceux qui ont conçu ce projet, l'artiste qui l'a exécuté sont-ils satisfaits du résultat final ? N'aurait-on pas pu penser à quelque chose de plus raffiné, de plus beau, de plus artistique ? Ces mastodontes font peur. Moi, en tout cas, ils m'effraient. On dirait des monstres des légendes antiques. L'artiste, maître d'œuvre de cet ouvrage est sans doute très talentueux. Je n'ai pas pu savoir qui c'était puisque aucune plaque indicative n'en donne les détails. Les concepteurs n'ont pas jugé bon de le mentionner, estimant sans doute que tout le monde connait ces cinéastes. Et les étrangers qui viennent en visite ? A-t-on pensé à eux ? A-t-on pensé que des touristes passeraient par là sans jamais savoir qui était représenté ? C'est ce qu'on appelle des cadeaux encombrants. Ma première pensée est allée vers ces cinéastes. Je me suis demandé comment ils ont réagi (du moins les vivants) la première fois qu'on leur a dévoilé ces géants monstrueux. Vouloir faire plaisir à quelqu'un et le mécontenter en fin de compte, voilà qui est bien triste et dommage. Mais peut-être qu'après tout, c'est moi qui vois mal. Myope depuis l'âge de 15 ans, je suis devenue aussi presbyte à 40 ans avec des problèmes d'angle, c'est-à-dire que par exemple, je ne vois pas bien la route de façon droite comme tout le monde quand je suis dans une voiture et souvent, sur une autoroute à plusieurs voies, je ne vois pas celle sur laquelle je roule, ce qui explique que je sois interdite de conduite automobile, mon médecin estimant que je suis un vrai danger public. Rires. Cela n'engage que lui. Ainsi, myope depuis 29 ans, presbyte depuis 40 ans, je ne suis donc pas une bonne référence pour juger de ce que j'ai vu sur cette avenue de la Mairie centrale. So, dont' act, please.

Angèle Bassolé-Ouédraogo
Ecrivaine et éditrice

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 18 janvier 2012