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Contre-jour

Changements climatiques: Copenhague a accouché d'une souris
Taxe pour le développement communal:Les syndicats sonnent la mobilisation
Etats généraux de la santé:Le système de santé au cœur des réflexions
La Génération Cheikh Anta Diop célèbre la recherche au Burkina

Copenhague a accouché d'une souris

L'Association pour la taxation financière et pour l'action citoyenne (ATTAC) a organisé une conférence à l'amphi III de l'Université de Ouagadougou le 20 février dernier sur le thème : "Après l'échec de Copenhague, quel espoir pour l'Afrique". Selon le conférencier, Alfred Sawadogo, président de SOS Sahel Internationale/Burkina, Copenhague n'a pas produit les effets escomptés en raison d'intérêts contradictoires. A titre d'exemple, il y a la Chine qui revendique son appartenance au groupe des 77 et dont les intérêts du moment ne lui ont pas permis de défendre les positions du groupe. C'est aussi le cas de certains pays africains de pétrole et qui ont une grande part de responsabilité dans la pollution. Les positions divergentes, selon Alfred Sawadogo, s'expliquaient naturellement par les intérêts divergents des Etats. Chacun tirait la couverture à soi. Les Etats-Unis attendaient que des pays comme la Chine donnent des gages et la Chine espérait la même chose des Etats-Unis. Ce jeu du chat et de la souris n'a pas permis aux discussions d'avancer. La diversité des courants qui s'affrontaient sont à la base de l'absence de décisions claires pour conjurer les menaces qui pèsent sur l'environnement. Cette ligne de partage que l'on a constatée à Copenhague s'est reflétée dans le débat qui a suivi la communication de M. Sawadogo. En effet, certains intervenants avaient tendance à s'aligner sur les positions des différents camps qui se sont affrontés à Copenhague. D'autres points ont intéressé les intervenants tels que la situation des déchets plastiques ou la question du reboisement. Pour sa part, le Président de SOS Sahel Burkina, M. Sawadogo a regretté que les intérêts économiques aient pris le dessus sur la préservation de l'environnement alors que les changements climatiques que nous vivons déjà annoncent de graves menaces pour la planète. On peut citer les catastrophes naturelles tels que les séismes et les pluies diluviennes comme celle qui s'est produite le 1er septembre dans une bonne partie du Burkina. Le conférencier a exhorté la population à reboiser et à veiller aux plants mis en terre qui doivent être entretenus. Le désert est déjà à la porte des régions fertiles du pays, s'est-il exclamé. La question du reboisement a replongé le conférencier dans l'histoire de la Révolution d'Août 83 avec ses grands chantiers de reboisement et ses slogans tels que " les trois luttes " que sont : la lutte contre la coupe abusive du bois, la lutte contre la divagation des animaux et enfin la lutte contre les feux de brousse. Copenhague n'a pas été une expérience concluante en terme de débat porteur sur la préservation de l'environnement. Mais les portes de l'espoir ne sont pas fermées pour autant, si l'on prend conscience de la nécessité d'engager des lutte multiformes pour préserver notre environnement et partant notre planète.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

Taxe pour le développement communal
Les syndicats sonnent la mobilisation


A l'appel des syndicats, les populations sont massivement descendues dans les rues de Ouagadougou pour protester contre l'application de la taxe de développement communal ce jeudi 24 février. C'est une marrée humaine qui a arpenté les rues pour dénoncer cette taxe et fustiger la gouvernance du régime du président Compaoré. Mouvements associatifs, syndicats, société civile et de simples citoyens composaient la troupe des marcheurs.
A travers cette marche, les organisations syndicales ont affirmé qu'ils voulaient signifier au gouvernement leur opposition à l'application de la taxe. Les marcheurs ont condamné la gestion des impôts et taxes collectés. Cette mauvaise gestion qui ne sert pas le développement. Le combat devrait plutôt être la rigueur dans la gestion. Ils ont déclaré qu'ils ne sont pas des opposants systématiques aux impôts et taxes, seulement "la taxe pour le développement communal fait doublon".
Le moment choisi pour appliquer cette taxe ressemble à de la provocation aux yeux des marcheurs. La vie chère est encore une réalité pour les ménages et le pouvoir d'achat des travailleurs et des populations se détériorent avec la flambée des prix des produits de grande consommation. La crise alimentaire n'est pas le seul problème auquel les populations sont confrontées. L'accès aux services sociaux est une difficulté et une préoccupation quotidienne des populations. Pour les syndicats, le coût élevé de la vie n'est pas propice à l'application de nouvelles taxes. Cette situation de misère que vivent les travailleurs et les populations est une conséquence directe de la politique actuelle des autorités qui accentue une pression fiscale. Pendant ce temps, le peuple ne profite pas des fruits de leur cotisation.
Une minorité de Burkinabè s'épanouit dans une parfaite impunité. Sur le plan fiscal, les syndicats affirment qu'il y a une absence d'équité depuis l'instauration du Programme d'ajustement structurel (PAS). Au moment où le peuple est sollicité de plus en plus pour les taxes et impôts, on constate qu'il y a un allégement pour les riches. C'est tout l'objectif de doing business qui a félicité les autorités burkinabè.

Abdoul Razac Napon


Eglise
45 laïcs décrochent leur parchemin en théologie


Conformément aux recommandations du Concile Vatican II, l'Eglise Catholique veut voir les laïcs jouer un rôle de plus en plus actif dans le domaine de l'Evangélisation. Pour ce faire, il est important qu'ils soient conséquemment outillés sur les différents aspects de la connaissance de Dieu et de la religion. C'est dans cette perspective que les évêques du Burkina Faso ont décidé de la création de l'Ecole de Formation Théologique des Laïcs, en 2004. Les enseignements sont assurés par des universitaires et plusieurs modules sont abordés : christologie, islamologie, protestantisme, connaissance des sectes, sociologie, philosophie, histoire, crise financière internationale… Les frais annuels de scolarité s'élèvent à 20 000 FCFA pour les étudiants et à 30 000 FCFA pour les travailleurs. Les premiers diplômés de cet institut sis au Centre National Cardinal Paul Zoungrana ont reçu leur parchemin le 15 février 2009. Ils sont au nombre de 45. Il a fallu 03 ans aux uns pour décrocher le Diplôme de Formation Théologique des Laïcs (DFTL) et 06 ans aux autres pour être nantis du Certificat d'Aptitude Pastorale (CAP). La sortie de promotion était placée sous le haut patronage de Mgr Séraphin François Rouamba, Archevêque de Koupéla, Président de la Conférence Episcopale Burkina-Niger, en présence de Mgr Philippe Ouédraogo, Archevêque de Ouagadougou, et de Mgr Jean-Marie Untaani Compaoré, Archevêque émérite. Le pari n'était pas gagné d'avance. Il a fallu beaucoup d'entregent au directeur de l'Ecole, l'Abbé Bernard Désiré Yanogo pour parvenir à de tels résultats en quelques années d'existence. La qualité de son travail a été unanimement saluée par les plus hauts responsables de l'Eglise. Le parrain de la toute première promotion, Mgr Jean-Marie a exhorté ses filleuls à être sel et lumière du monde. Dans la même logique, Mgr Philippe et Mgr Séraphin ont appelé les nouveaux diplômés à œuvrer inlassablement pour l'enracinement de l'Eglise et pour le progrès de l'ensemble de la société.

Arsène Flavien Bationo

 

Etats généraux de la santé
Le système de santé au cœur des réflexions

Les professionnels de la santé et tous les acteurs du système sanitaire se sont penchés les 18 et 19 février derniers à Ouagadougou sur la performance du système de santé du Burkina. Il s'agissait à travers des échanges et des analyses approfondies de dégager des pistes pour rendre le système de santé plus performant.
La santé maternelle et infanto-juvénile a été l'un des thèmes qui a longuement été débattu. Les participants ont élaboré des stratégies pour la réduction de la mortalité maternelle et infanto- juvénile au Burkina. Il n'y a pas longtemps, Amnesty international dressait un rapport inquiétant sur la mortalité maternelle au Burkina. Selon ce rapport, de nombreuses femmes enceintes ne pouvaient pas bénéficier de soins et le plus souvent les grossesses se terminaient par la mort. Les participants à ces états généraux ont émis le vœu en faveur de l'encrage institutionnel de cette question par une prise en compte de sa dimension multisectorielle. Amnesty international pour sa part avait demandé au gouvernement la mise en place de mécanismes pour un suivi efficace de ses politiques. Cette stratégie a pour objectif la réduction de la mortalité maternelle sur la base de la promotion de la planification des grossesses et l'obligation de rendre compte. Mais les acteurs pensent que cette lutte exige des préalables. Une politique efficace de santé ne peut réussir sans certaines conditions. C'est pourquoi les praticiens ont insisté sur la question des moyens financiers et matériels ainsi que sur les ressources humaines en qualité et en quantité. De leur avis, il faut un bon management des ressources humaines et une motivation conséquente des agents. Une formation adéquate des agents et des plateaux techniques adaptés sont aussi incontournables pour un système de santé performant. En ce qui concerne l'épineuse question de la mortalité maternelle, ils ont demandé la mise en place d'un fonds de lutte contre la mortalité maternelle et infanto-juvénile. On a aussi abordé la question du renforcement des curricula et la formation des médecins.
Ces états généraux ont été l'occasion pour passer en revue les différents secteurs du système de santé. Ainsi, le problème de la maintenance biomédicale à réduction des outils parallèles de collecte de données et l'amélioration de la qualité des interventions contre les maladies au niveau communautaire et la problématique des privés sont revenus dans les échanges. On a constaté que les patients se plaignent de plus en plus des mauvaises prestations dans les centres de santé. La question de la qualité des prestations et des professionnels de la santé est donc apparue comme une des préoccupations des acteurs.
Au terme des travaux, les participants ont fait 17 recommandations dont la mise en œuvre d'un plan stratégique de communication en matière de santé de la reproduction, l'institutionnalisation de la pratique de l'audit des décès maternels et infantiles dans les formations sanitaires et son extension au niveau communautaire, la motivation des agents de santé etc.
Les conclusions qui en sont ressorties montrent que des efforts ont été faits, mais il existe de nombreuses insuffisances. Il est donc urgent de consolider non seulement les acquis, mais surtout de travailler à réduire ou à lever tous les obstacles pour un système de santé de qualité.

Abdoul Razac Napon

 

La Génération Cheikh Anta Diop
célèbre la recherche au Burkina

Le Professeur Cheikh Anta Diop interpellant la jeunesse intellectuelle africaine disait ceci : "le chercheur africain n'a pas le droit de faire l'économie d'une formation technique suffisante qui lui donne accès aux débats scientifiques les plus élevés de notre temps, où se scelle l'avenir culturel de son pays. Aucune arrogance ou désinvolture pseudo -révolutionnaire, aucun gauchisme, rien ne saurait le dispenser de cet effort. Tout le reste n'est que complexe, paresse, incapacité…" Les Professeurs Pierre Guissou et Odile Nacoulma ont tenu à peu près le même langage aux jeunes, le jeudi 18 février dernier au CENASA, à l'occasion d'une conférence publique organisée par la Génération Cheikh Anta Diop (GCAD). Cette activité entre dans le mois du souvenir de l'auteur de "Nations Nègres et Culture" célébré ce mois de février. Pour coller à l'actualité, le thème portait sur "La Place de la recherche dans l'Indépendance réelle de l'Afrique". Les deux éminents professeurs invités pour animer le débat font partie d'une centaine de chercheurs africains classés par Africa-Magazine comme des " chercheurs qui trouvent". Odile Nacoulma, professeur titulaire de classe exceptionnelle, est biochimiste et enseigne depuis 36 ans à l'université de Ouagadougou. Elle a par ailleurs été présidente de la même université. L'une des précurseurs de la recherche des soins par les plantes, elle a travaillé pendant toutes ces années en étroite collaboration avec des tradi-praticiens. La maîtrise de sa culture lui a été d'une aide précieuse, car bien qu'instruite, elle est d'une génération très imprégnée des réalités endogènes. C'est une intellectuelle organique, au sens gramscien du terme. Au cours de la conférence, le Professeur Nacoulma a pris des exemples qui montrent que les mystères apparents de nos tradi-thérapeutes dans leurs prescriptions des feuilles des plantes à cueillir pour les remèdes, selon les positions des astres, avaient une explication rationnelle. Elle explique que les plantes fabriquent des substances qui leur permettent de s'adapter à leur environnement. Par conséquent, ces substances aussi peuvent être produites suivant des positions astrales. Passé un moment où un astre a bougé de sa place n'ayant plus besoin de cette substance, elle disparaît au même moment. C'est l'explication de certaines indications des tradi- praticiens qui veulent qu'on aille cueillir les feuilles des arbres tard la nuit et très tôt le matin sans dire bonjour à autrui ou sans que les mouches ne les touchent. Un autre exemple montre que quand le lait d'une femme présente des carences en fer, dans certaines traditions africaines, on a coutume d'amener le bébé à la forge pour lui faire boire l'eau que le forgeron utilise pour éteindre le fer chauffé à blanc. Il en est de même de certaines décoctions de plantes ou de feuilles où l'on ajoute des morceaux de roche appelés en mooré "Wanré". Toutes ces indications sont faites dans le but que l'individu malade du fait de l'insuffisance en fer retrouve ce qui lui manque. Le Professeur Nacoulma a soutenu que la médecine traditionnelle est proche des sciences biologiques. Le deuxième intervenant, Le professeur Pierre Guissou a parlé de sa découverte d'un produit qui soigne la drépanocytose. Il a par ailleurs entretenu l'assistance des difficultés qu'il y a à faire accepter son produit dans les cercles des "initiés" à la recherche. Après les différents tests qui se sont avérés concluants, le doute qui subsistait avec certains partenaires est entrain d'être levé. En plus de la drépanocytose, d'autres produits tels le "Faca" et le "Fagara" destinés aux soins de certains cancers sont aussi de son crû. Ensemble, les deux professeurs ont souligné les modestes moyens alloués à la recherche, mais ils ont tout de même assuré que cela ne saurait les décourager dans leur sacerdoce. La jeunesse doit s'intéresser à la recherche, mais auparavant, a ajouter M. Guissou, il faut qu'elle s'approprie des matériaux qui lui permettent de faire efficacement le travail.

Merneptah Noufou Zougmoré


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 1er mars 2010