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Contre-jour


Justice: Le Centre pour d'Ethique judiciaire précise ses missions
Quartier Gounghin/Ouaga: Un marché au cœur des habitats
Laboratoire citoyenneté: nouveau programme de gestion des ressources naturelles
Dialogue démocratique du CGD: La crédibilité de la CENI en débat

Justice
Le Centre pour d'Ethique judiciaire précise ses missions

Les Pricipaux animateurs du centre


Certains acteurs de la justice ne veulent plus rester les bras croisés face à la disparition progressive des valeurs morales et des règles déontologiques au niveau de notre justice. Ils viennent de lancer les activités de leur structure dénommée Centre pour l'éthique judiciaire (CEJ). Cette structure a été créée à la suite d'un constat : "Nous avons constaté trop longtemps que les règles éthiques perdent du terrain dans notre système judiciaire", a indiqué le président du CEJ, Me Mamadou Sawadogo, ancien bâtonnier. C'est une situation très inquiétante de notre justice que le bureau du CEJ a présentée. Il a relevé des manquements souvent graves des règles éthiques, déontologiques et de corruption à tous les niveaux et dans toutes les professions de l'appareil judiciaire. De plus en plus, l'esprit d'indépendance, de responsabilité et d'impartialité, des règles de conduites qui doivent animer l'esprit de tout professionnel de justice s'estompe. S'il existe des magistrats intègres, affirme Me Sawadogo, d'autres se mettent volontairement à la disposition du politique. "Il y a des magistrats qui posent des actes pourtant on ne les a rien demandé", insiste-t-il. La conséquence immédiate de ces pratiques dans l'appareil judiciaire, c'est la perte de confiance des justiciables face à la justice. La situation est tellement grave que ces professionnels de justice ne veulent pas adopter une attitude de résignation, de silence. Ils préfèrent plutôt engager une lutte contre cette pratique. Selon les initiateurs, la création du CEJ est nécessaire, car de la justice dépend la paix sociale. Le secrétaire exécutif, Hervé Kam, croit qu'il ne peut y avoir de justice indépendante si la morale n'a plus sa place.
Le CEJ n'a pas la prétention de jouer au gendarme. Il veut seulement participer et promouvoir l'éthique en milieu judiciaire. L'information, la formation, les enquêtes et l'appuie aux justiciables sont au programme de cette structure. La démarche privilégiée par le CEJ consiste à des enquêtes sur les pratiques judiciaires et répondre à des demandes. Des renseignements sur l'éthique et la déontologie et des études et rapports sur les conduites et les pratiques figurent dans les priorités du CEJ. Selon son président, le CEJ peut être saisi par toute personne sur des questions liées à l'éthique.
Le CEJ ne doute pas de sa capacité à faire bouger les choses au niveau de la justice. Sa force réside non seulement dans sa démarche, mais aussi sa dénonciation. Il ne s'agira pas de mener des enquêtes pour le tiroir, mais pour le public. Le bureau du CEJ a remarqué que c'est l'absence de lumière qui entretient la corruption. "Les mauvaises pratiques prospèrent à l'ombre. Avec la lumièr, ils vont raser les murs. Notre marge de manœuvre est infinie", martèle Me Mamadou Sawadogo.

Abdoul Razac Napon

Quartier Gounghin/Ouaga
Un marché au cœur des habitats


Un marché ou une zone d'habitation? C'est la question qui frappe à l'esprit lorsqu'on met pied dans cet endroit de Gounghin. Une partie du marché de Gounghin s'est installée dans les habitations périphériques. Les six mètres n'existent plus. Ils ont été transformés en marché. Les femmes sont installées confortablement sur cet espace et mènent tranquillement leur commerce. Aux heures de grande affluence, le visiteur a de la peine pour se frayer un passage sur cette voie. De chaque côté des six mètres, des boutiques de fortune sont dressées. Ces boutiques sont adossées à des habitations. Il faut être averti pour savoir que derrière ces étalages ou boutiques se cachent des habitations. Les entrées, les portes sont fermées et difficile d'accès. Ce n'est que les limites des portes qui ont été épargnées. Pour accéder à ces habitations, il faut toute une gymnastique. Le voyage étant très difficile à pied, inutile de parler des vélos, motos et véhicules. Les occupants illégaux du lieu sont là depuis plusieurs années. Le huissier Rosine Zongo qui s'est rendu sur le terrain en 2008 décrit une situation insoutenable. Les voies d'accès au domicile sont encombrées par des marchands de légumes et divers. Il est difficile de se frayer un passage même à pied. Des marchants sont installés devant le portail. Pourtant, elle constate que le côté sud du marché est presque vide, des tables sont vides, des boutiques sont fermées. Rosine Zongo conclut que le site du marché est abandonné au profit des abords.
Certains riverains ont vendu une partie de leur concession pour des boutiques de fortune, s'ils ne sont pas eux-mêmes des commerçants. Les conditions minimales pour l'éducation des enfants et l'intimité des habitants n'existent plus. Si certains se sont conformés bon gré, d'autres souffrent dans leur corps et âme. Ils se demandent s'ils sont dans une République où les droits de chaque citoyen doivent être protégés. Ils veulent tout simplement jouir de la liberté d'accès à leur habitation et de recevoir leurs invités sans être inquiétés ni menacés. Ceux qui ont osé exprimer leur mécontentement sont menacés de mort à l'intérieur de leur concession. Ces riverains se sentent lâchés par les autorités qui leur ont tourné le dos et fermer les portes.
Ils sont d'autant plus révoltés parce que le maire de Baskuy, Marin Casimir Ilboudo comme le maire de Ouaga Simon Compaoré, saisis sur le sujet depuis plusieurs années, ne se sont pas vraiment investis. D'habitude prompt à réagir et à descendre lui-même sur le terrain, Simon est devenu aphone sur le sujet après deux passages infructueux sur les lieux. Le maire de Baskuy, lui, a préféré la fuite en avant malgré les nombreuses interpellations. Comme si la loi seule ne suffisait pas pour déguerpir les occupants, le maire de Baskuy a exigé une pétition. Ce qui s'est relevé par la suite être une diversion. Il ne donnera pas suite aux requêtes des plaignants. Dans cette affaire rue8/18 de Gounghin, les autorités administratives et coutumières comme le Goungha naaba et le Larlé naaba ont été saisis par les riverains. La loi qui doit être appliquée en pareille circonstance est royalement violée .

Abdoul Razac Napon

Laboratoire citoyenneté
Un nouveau programme pour la gestion des ressources naturelles

L'association de laboratoire de recherche sur la gestion des ressources naturelles vient de lancer son nouveau programme de gestion du foncier dans trois pays de l'Afrique de l'Ouest dont le Burkina Faso. C'était le 02 mai dernier à Ouagadougou. Le lancement du programme dénommé Négos GRN a été précédé d'un atelier qui a regroupé sept pays sur la gestion du foncier et des ressources naturelles. Selon le président de Laboratoire citoyenneté du Burkina, Antoine Sawadogo, ce nouveau programme de gestion est spécifique dans son approche et son envergure sous régional. C'est un model de gestion qu privilégie une implication des acteurs locaux dans la gestion. Une approche participative qui part des réalités et des expériences locales pour mettre en place ses plans d'action. Les concepteurs de programme ont étalé l'exécution du programme de 4 ans sur trois phases. Il s'agit d'un travail de diagnostic qui permettra de baliser le terrain par des explications, des prises de contact et l'expérimentation par des actions concrètes. Des débats publics et de la documentation constitueront des outils pour une adhésion des populations et des politiques. Le Laboratoire citoyenneté et le Groupe de recherche et d'échanges technique (GRET) basé en France sont les premiers opérateurs de la mise en œuvre de ce projet. A fin du programme, l'association Laboratoire citoyenneté et ses partenaires comptent fournir aux politiques et aux techniciens des savoirs pour une gestion durable des ressources naturelles dans les pays où elle intervient. Le président de Laboratoire citoyenneté, Antoine Sawadogo a indiqué que ce modèle de gestion du foncier est une nouvelle dynamique dans le renforcement de la bonne gestion des ressources naturelles et du foncier. "C'est un partenariat multi- acteurs prenant en compte différentes échelles de gouvernance", a-t-il poursuivi.
Selon Antoine Sawadogo, le programme Négos GRN s'inscrit dans les grandes missions que son association s'est assignée dès sa création. L'objectif principal de laboratoire citoyenneté est de provoquer des changements sociaux et politiques par la réalisation d'action concrètes et de projet sur le terrain. Elle veut concilier les politiques publiques et les méthodes citoyennes. Le président Antoine Sawadogo et ses partenaires pensent qu'il est nécessaire d'établir un dialogue entre le droit positif et le droit coutumier dans la gestion des ressources naturelles. Cet dialogue permanent crée une synergie entre la recherche et l'action.
Laboratoire citoyenneté s'appuie donc sur les expériences du terrain au niveau local. Pour atteindre alors ces objectifs, elle a basé sa stratégie sur la production de connaissances et le renforcement des capacités d'intervention des acteurs locaux. Pour cette association de laboratoire de recherche, la démarche mise en place est aussi une volonté de repenser l'ingénierie institutionnelle au niveau local. Laboratoire citoyenneté ne fait pas de sa démarche, une politique nouvelle mais une contribution à la bonne gestion des ressources naturelles.

Abdoul Razac Napon

 

Dialogue démocratique du CGD
La crédibilité de la CENI en débat


La CENI sert-elle encore à quelque chose ? Ainsi interrogions-nous dans notre livraison du 10 août 2008 (L'Evénement N°145). A l'époque, le débat portait sur une probable exclusion de la composante droit de l'homme au niveau de la composition de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Depuis lors, beaucoup de choses ont été dites par rapport à la vie de l'institution. Mais aujourd'hui encore, le débat reste entier. Le 05 mai dernier, le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD) réveillait le débat avec une interrogation des plus provocatrices "Peut-on encore faire confiance à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour l'organisation d'élections libres, sincères et transparentes au Burkina Faso ? ". Pour en débattre, le CGD avait convié au Pacific Hôtel, des journalistes, des organisations de la société civile et des partis politiques. A quelques jours de l'adoption par l'Assemblée nationale des réformes politiques portant sur le code électoral et la CENI, les personnes venues prendre part au débat ont fait un procès sans ambages de la Commission électorale. Celui qui a ouvert les débats, le juge Kassoum Kambou, a fait un bref rappel historique de l'avènement de la CENI "née de l'incapacité de l'administration publique à organiser des élections qui soient exemptes de toutes critiques". Il s'agissait donc de trouver des mécanismes efficaces et efficients à même de garantir la "sincérité des votes". La CENI se devait donc "d'être indépendante et impartiale…un impératif majeur pour une bonne gouvernance". L'absence d'une administration républicaine, la politisation de l'administration et la corruption sont les maux "qui ont disqualifié notre administration pour l'organisation d'élections libres et transparentes.", a jugé le juge Kambou. Mais aujourd'hui, le constat est qu'après huit ans d'existence, la CENI ne semble pas faire mieux. Elle "souffre de plusieurs insuffisances notamment quant à sa composition et à ses moyens " et la conséquence, c'est la perte de confiance des citoyens. Dans une enquête réalisée par le CGD, il est ressorti qu'en 2007, 80% des citoyens faisaient confiance à la CENI alors qu'en 2008, la cote de confiance est descendue à 56%. Les intervenants ont décriés les insuffisances de la CENI qui sont dues à la politisation de cette dernière (dix des quinze membres de la CENI sont mandataires de partis politiques) alors que la composante société civile qui devrait jouer les arbitres ne fait pas non plus l'unanimité. Pour certains, les coutumiers et les religieux représentés dans la société civile n'ont pas vraiment leur place au sein de la CENI. Il faut donc repenser la CENI en lui assurant d'abord une indépendance financière. Entre autres suggestions, les acteurs ont souhaité qu'une qualification soit exigée aux membres de la CENI. Plusieurs propositions ont déjà été faites. Le directeur exécutif du CGD, le Pr. Augustin Loada a rappelé le rapport du Mécanisme Africain d'Evaluation par les Pairs (MAEP) qui avait recommandé au Burkina, la constitutionnalisation de la CENI, sa restructuration, son autonomie organique, fonctionnelle et financière. En attendant une nouvelle version de la CENI, si nouvelle version il y a, il est sûr que c'est la présente qui va administrer la présidentielle de 2010. La transparence des élections engage tous les acteurs et le CGD appelle à la responsabilité de tous.

Boukari Ouoba


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 mai 2009