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Contre-jour

Médecine: Traoré Check Asken Hugues face au jury
Les communes à l'épreuve de la cohabitation des légitimités
Forum national des femmes: une "plate forme revendicative" pour Blaise
Journée mondiale contre le sida: Le calvaire des veuves séropositives

Médecine
Traoré Check Asken Hugues face au jury



C'est devant un amphithéâtre comble que l'impétrant du jour devait exposer pendant 20 minutes d'horloge le résumé de sa recherche sur l'efficacité et la tolérance des traitements antirétroviraux de première ligne pratiqués entre 2002 et 2007. La recherche s'est effectuée à partir de deux médicaments : la zidovudine(AZT) et la stavudine D4T. Pour le nombreux public présent, l'essentiel, il est vrai, était le mot de la fin du jury qui devait consacrer l'ami, le frère ou l'enfant, docteur d'Etat en médecine. Mais en raison de la gravité du sujet, l'intérêt du public pour le sujet était perceptible. Sur les deux plans, la satisfaction était au rendez-vous : une recherche concluante et porteuse d'espoir et un diplôme en poche. La recherche d'abord. L'observation a été faite dans trois domaines : clinique, immunologique et virologique. Partout, l'efficacité des traitements a été vérifiée. Au niveau clinique, autant sur le poids des patients qu'au niveau des infections opportunistes, les traitements sont concluants en dépit d'une importante proportion de patients (29, 9%) sur lesquels l'observation n'a pu être faite jusqu'au bout. Sur le plan immunologique, on a constaté une augmentation du taux de CD4 chez plus de 75% des patients, ce qui est plutôt un bon signe. Sur le plan virologique enfin, chez 98% des patients, la charge virale est indétectable. Quelques problèmes existent néanmoins sur le plan de la tolérance aux médicaments. On observe des effets indésirables au niveau neurologique du D4T dans une proportion de 21,38% à un an et au niveau hématologique de l'AZT, 13% des patients ont dû interrompre la prise de stavudine pour neuropathies invalidantes la première année. De même, 3,53% des patients du groupe AZT ont interrompu la prise de zidovudine pour anémie sévère la première année. Au regard des effets indésirables, l'étude préconise des recherches spécifiques régulières en vue d'améliorer la qualité de la prise en charge thérapeutique et le confort des patients.
Mention très honorable décernée par le jury qui a été très élogieux à l'égard de cette recherche jugée remarquable et qui a invité d'autres étudiants à s'engager dans cette voie non classique qui s'inscrit néanmoins dans une véritable démarche investigatrice n
GBN

 

Les communes à l'épreuve de la cohabitation des légitimités

L'atelier de réflexion a eu lieu les 25 et 26 novembre dernier dans la salle de conférence de l'immeuble des Nations Unies à Ouagadougou. Il a été organisé par le Laboratoire Citoyenneté en collaboration avec l'Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique, un réseau présent dans quelques pays de la sous région ouest-africaine. L'atelier a réuni une soixantaine de personnes issues de milieux divers comme l'administration centrale, les communes, les partenaires au développement, les autorités coutumières et religieuses. L'axe principal de la réflexion, c'est comment rendre effective une bonne cohabitation des différentes légitimités dans le contexte de la décentralisation ? Sur la base des témoignages des acteurs et de l'expérience de certaines structures, les débats ont permis de dégager une typologie des sources de légitimités et leurs interactions. Le modérateur de l'atelier, le Pr Mahamadé Savadogo, a tout d'abord situé les différentes sources de légitimités que l'on peut rencontrer dans nos contextes africains. Il y a les légitimités issues des coutumes et traditions. Il a souligné la différence entre les autorités coutumières et celles se réclamant de la tradition. Les premières sont les chefs de terre et assurent généralement la gestion du foncier et les rites spirituels. Les chefs traditionnels sont les détenteurs du pouvoir politique, ils gèrent la cité. La religion est la seconde source pouvant conférer de légitimité. L'Islam et le Christianisme avec chacun son organisation propre jouent des rôles importants dans les sociétés africaines. Les autorités religieuses ont donc une grande influence, surtout dans les campagnes. La colonisation est venue instaurer une autre légitimité, la légalité républicaine. Elle est aujourd'hui, la seule légitimité reconnue officiellement. Le dévouement à la communauté est une autre source de légitimité. La cohabitation entre toutes ces légitimités peut prendre deux formes : la collaboration ou le conflit. Dans les communes, l'ignorance ou la non prise en compte de certains acteurs entraîne des blocages. C'était le cas avec la construction du marché de Koudougou. La structure chargée de gérer le processus a dû mettre en place un comité de pilotage composé de tous les acteurs détenant une parcelle de pouvoir pour arriver à faire accepter le projet. C'était le même cas à Fada avec le marché à bétail. A la lumière de ces expériences, certains participants se demandent s'il ne faut pas codifier officiellement le rôle de tous les dépositaires de légitimité. D'autres estiment que la codification n'est pas nécessaire, il faut simplement que les décideurs officiels aient à l'esprit qu'ils ne sont pas les seuls dans la communauté où ils agissent. Il est généralement admis que l'administration et les hommes politiques ne reconnaissent les autres légitimité que lorsqu'il y a problème ou lors des campagnes électorales. Le ministre délégué chargé des Collectivités territoriales, Toussaint Abel Coulibaly, s'est engagé à travailler pour que la gouvernance locale accorde plus de place à la concertation, à l'écoute et finalement à l'acceptation des différents acteurs présents dans les communes. Pour le Laboratoire Citoyenneté et son partenaire de l'Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique, c'est la seule façon pour arriver "à l'émergence et à l'animation d'espaces publics interafricains de réflexion et de propositions pour élaborer et enraciner les principes et les pratiques d'une gouvernance adaptée à la réalité africaine et aux défis du XXIè siècle".

Idrissa Barry


Circulation routière à Bobo
Un casse tête chinois pour les usagers

La circulation dans la ville de Bobo n'est point gaie. Pour les usagers des artères de la ville, il faut se livrer à des acrobaties pour se frayer un passage. Cette situation date de depuis février de cette année. Le 21 février, un mouvement de ras-le-bol contre la vie chère avait dégénéré, occasionnant des casses dans presque toute la ville. Ces casses avaient touché en grande partie les panneaux de signalisations et les feux tricolores, rendant la circulation quasi impossible. Neuf mois après, les séquelles sont toujours pesants au vu de l'état pitoyable des axes de circulation dans cette ville. Certes, des réparations ont été entreprises, mais "il reste surtout beaucoup à faire" et le retour à la normal ne semble pas presser les responsables de la commune, selon des usagers interrogés. En quittant le stade omnisport pour se rendre au centre-ville par la Rue Dr. Kambou André, sur les trois feux que vous trouverez, un seulement a été réparé. De là, lorsque vous vous empruntez l'avenue de l'Unité, vous trouvez un feu en bon état juste devant la Sitarail et plus loin sur la même avenue au croisement avec la rue de la Namibie, à côté de la BCEAO, pour remonter vers le marché de fruit, c'est encore la désolation. Et pourtant, nous sommes bien au centre-ville. Bobo, on le savait, manquait déjà de feux tricolores et avec la destruction de feux dont le rétablissement ne semble pas aller de soi, c'est la croix et la bannière à de nombreux endroits. Et pour ne pas arranger les choses, "les policiers ne sont jamais là où on a besoin d'eux ", selon un taximan. La population est indignée devant l'attitude de la police qui, au lieu de réglementer la circulation dans les endroits dépourvus de signalisation, choisit de se terrer derrières les quelques feux tricolores existants pour épier les populations "alors qu'il y a urgence ailleurs", confie un élève en 2nde au Lycée Mixte d'Accart-Ville. A l'état actuel de la circulation, chacun y va de son code de la route et il faut avouer qu'il y a de gros risques et le danger est réel et permanent. En cette période où les esprits sont encore marqués par le drame de Boromo, il y a lieu de tirer sur la sonnette d'alarme pour que rien ne soit négligé en matière de sécurité des populations n

Boukari Ouoba


 

Forum national des femmes
Elles avaient une "plate forme revendicative" pour Blaise


Elles représentent 51,7% de la population. Les femmes burkinabés par leur effectif seulement se positionnent comme un maillon indispensable de la chaîne du développement dans notre pays. Et pourtant, la réalité semble nous contredire. Avec leur léger surnombre par rapport aux hommes, elles sont cependant deux fois moins alphabétisées que ces derniers et ne représentent que 21% des effectifs de l'administration publique. Établir l'équilibre est un impératif pour le ministère de la Promotion de la Femme. Le forum national des femmes tenu à Ouagadougou les 25, 26 et 27 novembre 2008 s'inscrit dans cette logique. Le thème de la rencontre "Investir dans les femmes et les filles pour un développement humain durable" est évocateur de ce besoin. Les femmes n'ont pas marchandé leur présence à la salle des banquets de Ouaga 2000 dans la matinée du 25, à la cérémonie d'ouverture du forum présidée Mme Chantal Compaoré. Elle a dans son discours souligné l'exigence de la prise en compte de ses "sœurs" dans les programmes et politiques de développement avant de marteler qu' "aucune politique de développement humain durable ne peut produire les résultats escomptés sans une véritable promotion de la femme". Mme la ministre de la Promotion de la Femme qui a précédé la première dame a dépeint la situation précaire de ses "protégées". Mme Celine Yoda a rappelé l'importance du thème qui s'inscrit en droite ligne de l'objectif 3 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui interpelle à la promotion de l'autonomisation des femmes et à l'égalité des sexes. Le maire de la capitale Simon Compaoré a lui aussi vidé sa corbeille de fleurs sur l'autre moitié du ciel. Il a magnifié la femme à travers le travail des femmes de la brigade verte qui a été distinguée à Nanjing en Chine avec un trophée et un prix d'une valeur de plus de 50 millions. C'est le Burkina qui a été ainsi honoré à travers "the green brigade of Burkina Faso", a-t-il souligné. Au troisième jour de leurs travaux, les femmes ont rencontré le chef de l'Etat, Blaise Compaoré, à qui elles ont adressé leurs doléances diverses. Elles ont demandé au président de revoir à la hausse la manne financière allouée à leur département. Mais ce n'est pas tout, elles veulent un siège digne d'elles pour leur ministère. Les femmes ont montré devant le président qu'elles sont pressées de voir le quota des 30% de femmes à des postes électifs être une réalité, mais aussi que cela s'étende à des postes nominatifs. Les femmes représentantes de régions ont aussi plaidé pour leur chapelle. Celles des Cascades ont demandé que les concours de la Fonction publique soient décentralisés au niveau régional pour éviter les longs déplacements à leurs enfants. Les Fadalaises ont voulu savoir "à quand l'université de Fada ?". A toutes ces doléances, le président et le gouvernement ont été réceptifs, on peut penser, et il reste à voir ce qu'ils en feront.

Boukari Ouoba

 

Journée mondiale contre le sida
Le calvaire des veuves séropositives


Aloys Kaboré, Président de la Fondation chrétienne d'aide aux veuves et orphelins

"Tout a commencé quand j'ai découvert pendant ma grossesse que je suis séropositive. Quand j'ai annoncé cela à mon mari, Il m'a frappée. Il ne voulait pas qu'on lui parle du sida. Malheureusement, il est décédé quelques temps après. Sa famille n'a cessé de consulter les charlatans. On ne voulait plus me voir. Ses parents m'accusent d'avoir empoisonné mon mari. C'est le début d'une longue souffrance. Ils m'ont chassée." témoignage de A O., jeune femme séropositive qui vit à Koupéla, dans un logement que la fondation chrétienne pour l'enfance lui a construit. Il est 16h, ce 28 novembre. Dans la cour de la fondation à Koupéla, une quinzaine de femmes sont assises, certaines avec des récipients attendant d'être servies en vivres, d'autres avec des ordonnances médicales. Ces jeunes femmes, pour la plupart, ont aussi des bébés. Elles ont bien de choses en commun. Séropositives pour la plupart, elles ont presque toutes perdu leur mari. Elles n'ont aucune source de revenu et vivent dans le dénuement. Beaucoup sont rejetées par leurs familles. Exclues des familles, elles s'isolent dans les zones non loties et grâce au soutien de la fondation (en médicaments et en vivres), elles tentent de reconstruire une nouvelle vie. C.Z raconte son calvaire "on m'a chassée premièrement quand mon mari est mort. La fondation m'a construit un logement juste à coté de la famille. Ils ont cassé la maison. Ma belle-sœur m'a frappée et m'a blessée. J'ai été hospitalisée pendant six jours. C'est après cela que la fondation m'a trouvé une autre maison dans la zone non lotie loin de la famille." "Le problème du sida avec les femmes ici, c'est la pauvreté et l'exclusion. La plupart de ces femmes n'ont même pas à manger. Elles n'ont pas le réconfort dans la famille. Elles sont rejetées. Quand tu n'as pas les moyens et tu souffres, tu deviens une charge pour la famille et avec la sous information, on pense que tu vas contaminer les autres. C'est le cas de ces femmes", explique le président de la fondation chrétienne Solidarité pour l'enfance Aloys Kaboré. Environ 130 femmes séropositives vivant dans des conditions difficiles sont actuellement suivies par la fondation. Une jeune structure créée en 2004 par le jeune Aloys Kaboré, parallèlement à son métier d'électricien pour redonner l'espoir à ces femmes souffrantes avec l'appui d'ONG et d'amis italiens. Au début, l'association était créée pour venir en aide aux enfants orphelins principalement du sida mais par la suite la fondation était face aux réalités des mamans malades "nous avons compris qu'on ne peut pas mieux s'occuper des enfants si leurs mamans sont malades." L'association en collaboration avec le service de l'Action sociale et du district sanitaire prend en charge les ordonnances de ces veuves malades et apporte un suivi aux enfants. Depuis la grossesse, la femme est suivie pour éviter la transmission du virus à son enfant. Grace à l'appui de la fondation, certaines femmes ont repris goût à la vie et leurs enfants sont bien portants. Les responsables de la fondation se rendent aussi dans les familles pour sensibiliser les proches de ces femmes sur la maladie. "On arrive à faire changer les choses dans certaines familles. De plus en plus on a des jeunes chefs traditionnels instruits et qui comprennent les choses. Avec leur collaboration, nous arrivons à faire accepter certaines malades par leurs familles." Mais toutes n'ont pas eu cette chance. O.B. vit retranchée dans sa case à Koupéla avec sa fille et son fils d'une vingtaine d'années. Après le décès de son mari, les frères ont vendu la cour. Elle et ses enfants ont été priés de quitter la famille. Sa famille paternelle ne l'a pas non plus bien accueillie. "La belle-sœur disait tout temps que je vais contaminer ses enfants. Elle m'insultait tous les jours. J'étais obligée de venir construire la case moi-même avec mes enfants. Personne ne vient ici, mais je me sens mieux. Ici au moins personne ne me m'insulte.", Raconte-t-elle avec un sourire, comme si elle a trouvé dans sa solitude la solution à son mal.

Moussa Zongo



 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 déc. 2008