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COLLECTIVITES
Taxe
de développement communal
Il n'y a pas de doute. La marche de protestation des organisations
syndicales contre l'institution de la Taxe de Développement Communal
(TDC) le 24 février dernier dans les principales villes du Burkina
a eu un effet immédiat sur les recettes dans les centres de collecte.
Dans la plupart des divisions fiscales des arrondissements de Ouagadougou
où nous avons fait le tour, le constat est clair; les populations
ne se bousculent plus devant les guichets. Conséquence, les chiffres
ont chuté depuis cette date. A la division fiscale de Sig Noghin,
les recettes pouvaient atteindre 500 000f par jour, soit 300 000F à
l'hôtel de finances et 200 000f à la mairie, nous confie
un agent percepteur. Mais depuis la marche du 24 février, les
recettes tournent autour de 50 000F à l'hôtel des finances
et 20 000F à la mairie. Pour lui, cette baisse sensible est la
conséquence directe de la marche des syndicats en février
dernier. Les informations relayées dans la presse ont aussi contribué
pour beaucoup à la baisse de l'affluance. La population a désormais
l'impression d'être escroquée par l'Etat. Néanmoins,
quelques citoyens se présentent devant les guichets pour payer
la taxe de développement communal. Mais attention, nombre d'entre
eux ne le font pas par civisme. "La plupart de ceux qui viennent
payer aujourd'hui le font par peur et non par civisme. Certaines personnes
payent pour être à l'abri des tracasseries prochaines.
Les femmes et les personnes âgées n'ont pas assez de courage
pour résister à l'ultimatum lancé par les autorités",
explique un agent percepteur. Les organisations syndicales ont réussi
en tout cas un coup. Sans pour autant appeler les citoyens à
boycotter le payement de la nouvelle taxe sur les véhicules à
moteur, ils ont convaincu bon nombre d'entre eux, qu'il s'agit d'une
taxe injustifiée. La marée humaine qui a défilé
dans les rues de Ouagadougou et dans les autres villes du pays est un
message clair aux autorités. De nombreux Burkinabè ne
sont pas prêts pour payer la taxe de développement communal.
Et la raison est simple. Elle est d'abord injustifiée dans la
mesure où les raisons qui ont prévalu à la suppression
de la vignette en 1994 (aujourd'hui réinstaurer sous l'appellation
taxe de développement communal) sont toujours d'actualité.
Le gouvernement dans sa réponse aux syndicats explique que la taxe avait été supprimée pour alléger le fardeau des ménages qui se sont retrouvés dans une situation difficile après la dévaluation du CFA. Mais pour les syndicats, cette situation n'a pas changé. Les motifs qui avaient été évoqués sont toujours d'actualité. Le pouvoir d'achat des ménages n'a pas évolué. La plupart des familles sont toujours en difficulté. Mais les autorités affirment avoir pris en compte la catégorie vulnérable. "Les vélos ne sont pas concernés par cette nouvelle taxe. Pourtant, dans les lycées, dans les marchés, au village vous verrez qu'il y a beaucoup de vélos.", explique Simon Compaoré, maire de Ouagadougou. Autre argument utilisé par les syndicats, c'est que la nouvelle taxe ressemble à une double imposition. La taxe unique sur les produits pétroliers a remplacé la vignette en 1994. Le gouvernement a animé un point de presse le vendredi 05 mars dernier pour tenter de lever l'équivoque. Le ministre de l'Economie et des Finances est clair sur la question. Il n'y a pas de double imposition. Cela parait injuste, a-t-il affirmé. Les contradictions Il fallait compenser le manque à gagner au niveau
des collectivités. C'est ainsi que l'Etat a décidé
de prélever 10% sur la taxe unique sur les produits pétroliers
pour compenser la perte liée à la suppression de l'ancienne
vignette et de la plaque. Voilà l'explication donnée par
le gouvernement pour lever l'équivoque. Des arguments qui ne
résolvent pas le problème de fond posé par les
syndicats. Même si dans les textes, il s'agit bel et bien de deux
taxes différentes, des ambigüités existent. Le gouvernement
dans sa réponse aux préoccupations des syndicats, le 28
décembre dernier, explique : "La taxe sur les véhicules
à moteur et les vélocipèdes été supprimée
au lendemain de la dévaluation du franc CFA en 1994, dans le
souci d'alléger le fardeau financier des ménages. Pour
compenser cette perte de recettes, le gouvernement a institué
la Taxe sur les produits pétroliers. Les recettes collectées
au titre de la TPP sont reparties à raison de 90% pour le budget
de l'Etat et de 10% au profit des collectivités territoriales.
" Le gouvernement revient aujourd'hui sur cette déclaration
et insiste pour dire qu'il n'y a pas double imposition et que la TPP
n'a pas remplacé les plaques et les vignettes. Pour Mr Kirakoya,
fiscaliste et militant du Syndicat des agents des impôts et des
domaines (SNAID), cette position est difficile à défendre
aujourd'hui dans la mesure où le gouvernement avait reconnu dès
le départ que la TPP remplace la vignette et la plaque. "Au
delà de cet aspect, pourquoi avoir choisi sur la TPP et non sur
une autre taxe pour compenser la perte liée à la suppression
de la vignette ? Pourquoi avoir prélevé 10%? Des études
avaient montré effectivement à l'époque que les
10% compensaient la perte dans les 49 communes.
Au-delà des aspects techniques, les syndicats estiment
que l'application de la loi ne sera pas facile. Le recouvrement va poser
problème. Il est clair que les tracasseries policières
vont reprendre avec toutes ses conséquences. Une autre porte
qui va faire prospérer la petite corruption et les abus de tout
genre. Aucune garantie n'est donnée quant à la bonne utilisation
des ces fonds. C'est près de 3 milliards de francs CFA que l'Etat
espère récolter chaque année. Le montant est entièrement
affecté aux collectivités en raison de 40% au profit de
la commune de collecte et 60% à un compte d'imputation appelé
compte de solidarité communale pour une répartition entre
toutes les communes. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'y a pas
de consensus sur cette loi. Les syndicats regrettent l'absence d'un
véritable débat sur la question avant l'application de
la loi. Beaucoup de gens n'avaient pas connaissance de la loi même
après son adoption en 2008. Pourtant, l'avant projet aurait pu
faire l'objet de débat pour recueillir les préoccupations
des uns et des autres sur la question. Malheureusement cette large concertation
a manqué. Les syndicats pour montrer leur bonne foi et leur adhésion
au processus de développement des communes avaient proposé
au gouvernement en lieu et place de la TDC sous sa forme actuelle, la
rétention d'un montant à la source c'est-à-dire
depuis l'achat de l'engin. Cela permettrait sans doute aux ménages
de sentir moins la charge en payant une seule fois au lieu de payer
chaque année et à l'Etat d'avoir un bon taux de recouvrement.
En dépit des protestations et du manque de consensus, le gouvernement
a décidé de maintenir la taxe de développement
communal. Tous ceux qui possèdent des engins devront payer. Les
maires à travers leur association ont décidé aussi
de veiller au respect de la loi à partir du mois d'avril. Le
délai du 31 mars indiqué par le président des municipalités
du Burkina, Simon Compaoré, comme date fatidique pour le payement
de la taxe est maintenu. A partir du 1er avril 2010, des contrôles
seront effectués dans toutes les communes. Ceux qui ne seront
pas en règle tomberont sous le coup de la loi, a réaffirmé
Simon Compaoré le 5 mars dernier.
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L'Evénement - Déc. 2001 | |||||