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Benin: Révision de la constitution au Benin
La leçon du " Cameléon "

C'est faire injure à un homme que de lui rappeler son devoir. Il n'y a pas de mérite pour un homme quand il respecte la parole donnée, s'efface derrière les conventions républicaines et s'incline devant la volonté populaire. Il honore la promesse faite à son peuple parce qu'il le respecte, car il a peur de son jugement. Mais, dans l'environnement politique africain, où l'observance stricte des règlements, des lois et conventions constitue une exception et leurs violations la norme, la décision du président béninois, Mathieu Kérékou de " ne pas changer les règles du jeu pendant le jeu " a un grand mérite.

En déclarant publiquement et officiellement le 11 juillet 2005 qu'il ne modifiera pas les dispositions de la constitution béninoise adoptée le 2 décembre 1990, dans l'objectif de s'octroyer un troisième mandat, il a posé un acte de grande portée politique pour son pays, pour les pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Il acquiert une stature d'homme d'Etat soucieux du devenir de son peuple. Pour tout dire : Kérékou a pris de la hauteur. C'est la raison pour laquelle sa leçon devrait être assidument apprise dans les pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEMAC). En effet, c'est dans ces deux ensembles économiques et politiques que se voit le plus grand nombre de présidents qui charcutent et saucissonnent les constitutions dans l'unique but de se maintenir éternellement au pouvoir. C'est dire qu'ils sont majoritairement francophones !
Une fois de plus, le " Cameléon " vient d'administrer une magistrale leçon d'humilité, de respect de l'autre, d'amour pour son pays et de démocratie à beaucoup de ses pairs africains : une leçon de patriotisme tout court. Le Bénin a tracé la voie pour l'Afrique francophone, particulièrement l'Afrique de l'Ouest.

Bénin, un exemple
de démocratie

La première fois, c'était en 1990, au lendemain du sommet de La Baule. Le général président Mathieu Kérékou, qui présidait aux destinées de la République populaire du Bénin depuis 1972 fut le premier à accepter la tenue d'une conférence nationale. Elle se tint du 19 au 29 février 1990. Mieux, bien qu'à la tête d'un régime révolutionnaire issu d'un putsch militaire, il n'entreprit rien pour l'arrêter. Il accepta les conclusions de cette instance populaire. Il reconnut ses fautes devant l'assemblée que présidait Mgr de Souza, archevêque de Cotonou. Il demanda pardon au peuple béninois. Il devint libre, car la vérité libère.
En 1991, il fut le premier président africain sortant à accepter sa défaite face à son rival de tout temps, Nécéphore Soglo. Il se retira des affaires publiques. En 1996, il est de retour ; il a remporté l'élection présidentielle contre son tombeur de 1991, Nécéphore Soglo. Il a été réélu en 2001 pour son deuxième et dernier mandat de cinq ans. En mars 2006, il s'en ira. Il tombe sous les dispositions de l'article de la constitution béninoise qui prévoient qu'au-dela de 70 ans, aucun citoyen ne peut briguer un mandat de président de la République du Bénin. Le " Cameléon " s'en va, par la grande porte. Il a résisté à la mode en vogue en Afrique : modifier la constitution pour avoir un troisième mandat à la tête du Bénin. A la fin de ce dernier mandat, il aura dirigé le Bénin pendant vingt-huit (28) ans, d'abord de 1972 à 1990 sous un régime révolutionnaire ; puis de 1996 à 2006, époque pendant laquelle il est sorti vainqueur d'un scrutin pluraliste. Le " Cameléon " va tirer sa révérence en mars 2006.
Pendant ce temps, en Guinée-Conakry, au Togo, au Tchad, au Gabon, au Congo (Brazzaville), en Mauritanie, au Cameroun et au Burkina Faso : on s'est ingénié à réecrire les constitutions à sa convenance. Les constitutions ainsi émasculées ont été votées par des Assemblées nationales aux ordres. D'autres constitutions ont été adoptées par référendum par des populations sous la menace de la Kalach ; les dictateurs, par la corruption s'étant auparavant assurés d'un OUI massif.
Si l'on écarte le cas de la Guinée-Bissau en proie à d'incessants coups d'Etat ; de la Côte d'Ivoire qui se débat depuis bientôt trois ans au milieu d'une crise politico-militaire née d'une politique d'exclusion ; de la République démocratique du Congo qui peine avec les institutions de la transition, peu d'Etats francophones respectent les règles du jeu démocratique. En Centrafrique, le général François Bozizé vient de troquer le treillis militaire contre un costume civil. Mais, combien sont-ils, les présidents africains à avoir passé par la même étape. L'expérience sous les Tropiques nous montre qu'on ne s'empare pas du pouvoir par les armes pour l'abandonner de si tôt et de son propre gré.
A l'heure actuelle, seuls le Mali, le Bénin et le Niger peuvent prétendre à une note honorable si on soumettait leur processus démocratique à un examen sérieux. Le Sénégal occupait, il n'y a pas longtemps encore, le peleton de tête des pays où le jeu démocratique était clair. Mais de nos jours, le processus démocratique sénégalais semble en panne. Plusieurs facteurs ont provoqué cette panne de la démocratie au pays de la Teranga. Le 19 mars 2000, c'est sous le signe du " sopi " autrement dit le changement que le président, Me Aboulaye Wade l'opposant de toujours a été élu face à Abdou Diouf. Le " sopi " se fait attendre depuis. Mais il n'y a pas que cela. L'assassinat de l'avocat Babacar Seye, le président de la Cour constitutionnelle et la loi d'amnistie introduite par le Parti démocratique sénégalais (PDS ), le parti de Me Wade à l'Assemblée, loi qui a été votée (le PDS majoritaire) a écorné l'image de la démocratie sénégalaise. L'attitude de Wade envers la presse, essentiellement la presse indépendante, sa volonté de la museler a terni l'image du socialiste et du démocrate tant au Sénégal qu'à l'extérieur. Les nombreux scandales qui ont éclaboussé ses gouvernements successifs, comme le naufrage du " Diola " en septembre 2003 n'ont rien arrangé. Wade bat le record d'usure de Premiers ministres et de ministres.

Idrissa Seck accusé
de malversations


Le bras de fer qui l'oppose actuellement à son ancien Premier ministre, celui qu'on présentait comme son succsseur putatif, Idrissa Seck n'est pas fait pour grandir le coauteur du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). L'ex-dauphin, Idrissa Seck a été accusé au début de malversations au terme d'un audit commandité par le président Wade. Cet audit, conduit par l'Inspection générale d'Etat a épluché la gestion des fonds alloués aux travaux de rénovation de la ville de Thiès pour accueillir les festivités du 44è anniversaire de l'indépendance le 4 avril 2004. L'ancien Premier ministre, Idrissa Seck est le maire de la ville de Thiès. A la fin, outre l'accusation de détournements de l'argent du contribuable, l'ex-Premier ministre est accusé de mener des activités pouvant porter atteinte à la sécurité de l'Etat.
L'exemple que vient de donner le Bénin le 11 juillet dernier ouvrira-t-il une nouvelle voie pour l'Afrique, comme le fut son exemple de février 1990 quand il inaugura l'ère des conférences nationales ? C'est peu probable, à l'heure où, par le truchement des révisions constituitionneles, s'érigent partout en Afrique des Bastille pour opprimer les peuples. Faut-il un nouveau discours de La Baule pour obliger les dirigeants africains à accélérer le rythme de la libéralisation démocratique ? L'actuel hôte de l'Elysée, le président Jacques Chirac a-t-il l'étoffe d'un François Mitterrand pour oser le demander à ses "frères et amis personnels africains" ? C'est encore peu probable !

Basile BALOUM


© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 27 juillet 2005