Haïti
:Le
Président Aristide contre le pouvoir de la rue
Pourquoi les régimes politiques d'Amérique
latine sont-ils secoués par des tempêtes populaires ?
Sont-ils plus dictatoriaux ou plus corrompus que ceux du reste du
monde ; d'Afrique par exemple ? Alberto Fujimori, l'ex-président
péruvien fut contraint d'abandonner le pouvoir pour se réfugier
au Japon en novembre 2000. Il était accusé de corruption,
de détournement et de trafic de cocaïne.
Gonzalo Sanchez de Lozada, l'ex-président bolivien, fut chassé
du pouvoir en 2003 par un mouvement civique et populaire. La population
protestait contre l'intention de son gouvernement de vendre le gaz
naturel bolivien aux Etats-Unis et au Mexique. Il se réfugiea
aux Etats-Unis dont on l'accuse de protéger les intérêts
au détriment de ceux du Pérou.
Le président vénézuélien, Hugo Chavez
résista à deux mois d'une grève générale
destinée à déstabiliser son pouvoir. On soupçonne
les Etats-Unis d'être derrière ce mouvement. Chavez est
accusé d'avoir des positions nationalistes, un pêché
grave en Amérique Latine qui ploie sous les bottes de l'Oncle
Sam. Beaucoup de dirigeants de cette partie du monde l'ont payé
de leur vie, à l'image de Salvador Allende du Chili en 1973.
C'est aujourd'hui au tour du président haïtien, Jean-Bertrand
Aristide, de faire face à un soulèvement populaire qui
dure depuis plusieurs semaines. La rue demande sa démission.
Pourquoi ce " prêtre des bidonvilles ", ce porte-parole
des sans-voix est contesté, voire détesté actuellement
? Son pays vit pratiquement une situation de guerre civile. Du gouvernement
et de la rue, qui sortira vainqueur de ce bras de fer ? Aujourd'hui,
Port-au-Prince, la capitale, ressemble étrangement aux derniers
jours du régime des Duvalier en 1986.
Le père Jean-Bertrand Aristide est arrivé au pouvoir
en 1990. Auparavant, il avait quitté les ordres et pris femme.
Qui pourrait penser que l'homme qui a été élu
en 2001 avec 91, 69% des suffrages après son retour d'exil
des Etats-Unis ferait aujourd'hui l'objet d'une contestation populaire
? On reproche au président Aristide d'avoir truqué les
élections en 2001 pour se maintenir à la tête
de l'Etat.
C'est surtout la crise économique consécutive à
la suspension de l'aide financière promise par la Banque mondiale,
le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine
de développement qui explique le mouvement actuel. Le refus
des pays et organismes d'aide bilatérale de voler au secours
d'un pouvoir qui se fascisait d'année en année a jeté
les populations haïtiennes dans les rues. Elles demandent la
tête d'un président qu'elles estiment incapable de trouver
des réponses satisfaisantes à leurs préoccupations.
Comme partout en Amérique Latine et dans le monde, la greffe
des recettes économiques néo-libérales sont remises
en cause, empotant au passage les pouvoirs politiques.
Basile Baloum
RDC:
Le
Président Kabila assassine à nouveau Lumumba
Le président de la République démocratique du
Congo (RDC), Joseph Kabila, a entrepris au début du mois de
février, une tournée dans les capitales européennes.
Il s'est rendu successivement à Paris, Londres, Berlin et à
Bruxelles. Les résultats de cette visite dans les capitales
des anciennes puissances coloniales sont diversement appréciés,
tant en RDC qu'à l'étranger. Son discours prononcé
au Sénat et devant le roi des Belges a été particulièrement
critiqué. Devant les députés belges, et en présence
du roi des Belges, le président congolais a lu une déclaration
dans laquelle il " rend hommage aux colonisateurs. "
Il est étonnant que de tels propos soient sortis de la bouche
du jeune président congolais, de surcroît le fils de
Laurent Désiré Kabila qui fut un disciple de Patrice
Emery Lumumba. En revanche, il serait encore plus étonnant
que cette déclaration n'ait pas provoqué la désapprobation
et l'indignation dans de nombreux milieux politiques, surtout chez
les progressistes congolais et belges. De nombreux exilés congolais
de Bruxelles et d'ailleurs ont tout de suite crié au scandale.
Qu'un président congolais rende en 2004 "hommage aux colons",
voilà qui va remuer les os de Patrice Lumumba qui consacra
sa vie à la lutte anti-coloniale, et pour laquelle il a été
assassiné le 17 janvier 1961 par le gouvernement belge avec
des complices congolais. La Convention pour la Démocratie et
la République (CDR), un des mille et un partis ou mouvements
qui ont été agréés au gouvernement de
transition a élevé de " vives et indignées
" protestations en disant que " le président de la
République n'aurait pas dû faire de telles déclarations
devant le Sénat belge. "
Paroles d'irresponsable ? Que non ! Le président de la RDC
est parti en Europe chez les ex-colonisateurs du Congo pour demander
un appui pour parachever la transition. Il est venu à Paris,
Londres, Berlin et Bruxelles pour demander des financements pour la
reconstruction de son pays ruiné par plus de quatre années
d'une guerre civile. Il est venu demander à ses anciens "
tuteurs " de l'aider à bouter hors du Congo la coalition
rwando-ougandaise qui pille les richesses de son pays. Il est allé
solliciter l'annulation de certaines dettes auprès des organisations
internationales et de l'Union européenne. Pour obtenir tout
ceci, il a été obligé de faire le griot. Joseph
Kabila, le fils du lumumbiste Laurent Désiré Kabila,
a fait l'éloge de la colonisation pour qu'on l'aide à
faire revenir la paix et l'unité de son pays. A-t-il oublié
que ce sont justement les anciens colonisateurs qui sont à
la base de la situation actuelle du Congo ?
Les présidents européens, à commencer par Jacques
Chirac lui ont promis le soutien qu'il demande pour conduire la transition
jusqu'à son terme et des financements pour relever l'économie
de son pays. Comme le président Laurent Gbagbo de la Côte
d'Ivoire, Joseph Kabila a dû déclarer à l'issue
de son périple européen : " Je suis aujourd'hui
un homme comblé ". Seulement, cela ne doit pas se faire
en amputant le grand Congo de sa grande et riche histoire faite de
lutte anti colonialiste
B.B