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[Guinée et mauritanie: Deux exemples parfaits de la négation démocratique]
[ Côte d'Ivoire, 2004:
année de toutes les attentes et ententes ?]

Guinée et mauritanie: Deux exemples parfaits de la négation démocratique

Comment peut-on expliquer qu'un président sortant, usé par près de vingt années de pouvoir sans partage ; mais surtout miné par la maladie au point qu'il ne peut pas se tenir debout pendant la campagne soit réélu avec un score à la soviétique ? C'est cependant le tour de force que vient de réussir le Général Lansana Conté en Guinée Conakry. Pas étonnant dans la mesure où son seul challenger était un illustre inconnu de la scène politique guinéenne, chef d'un petit parti sans envergure nationale. La Guinée sera dirigée par un homme couché sur son lit qui va certainement déléguer ses pouvoirs entre les mains de ceux qui lui ressemblent. La Guinée du grand Sily mérite mieux. Mais que non, on dit que chaque peuple mérite son gouvernement !
Les Mauritaniens auraient un sort plus enviable, si un colonel inventeur de coups d'Etat, lui aussi après vingt ans de pouvoir, ne se trouvait pas à la tête du pays. Le colonel Maayoua Oul Ahmed Taya vient d'être réélu le 21 novembre dernier. Il avait comme adversaires six autres candidats, dont celui qu'il redoutait le plus, un autre colonel, Mohamed Ould Haidallah, l'homme qu'il avait renversé par un putsch en 1984. Que pensez-vous qu'il fît ?
Eh bien ! le président Ould Taya l'accusa de préparer un coup d'Etat bien même avant la tenue du scrutin. Ses lieutenants politiques sont mis aux arrêts et lui-même est arrêté le lendemain de la présidentielle. Son procès aux allures d'un feuilleton comique se tint dans une ambiance délétère. Finalement, il est condamné à cinq ans de prison avec sursis.
Il remit son adversaire de toujours en prison avec quatorze autres personnes. Quelle clémence !, pourrait-on dire. Mais le président Ould Taya ne laissa rien au hasard : tous les condamnés ont été déchus de leurs droits civiques. En clair, cela s'appelle une exécution politique. C'est ça aussi l'Afrique que le président français Jacques Chirac affectionne : il fut le premier à présenter ses félicitations au général Lansana Conté, puis au colonel Ould Taya pour leurs " brillantes réélections " à la tête de leurs pays. Et ce n'est pas tout : des élections présidentielles ont lieu un peu partout en Afrique au cours de l'année écoulée. Certaines constitutions vont subir des tripatouillages pour permettre aux assoiffés du pouvoir de se représenter.

Basile Baloum


Côte d'Ivoire, 2004: année de toutes les attentes et ententes ?

Depuis Houphouët, les Ivoiriens parlent de paix, ce mot dont ils souhaitent tant qu'il soit un comportement, surtout en cette année 2004. Le président Laurent Gbagbo avait promis la fin de la guerre avant la nouvelle année. Son rendez-vous de Bouaké n'a pas eu lieu mais la promesse est toujours maintenue que Gbagbo se rende dans le fief des rebelles. Signe de la nouvelle entente, ces derniers ont réintégré le gouvernement qu'ils boycottaient depuis trois mois. Les protagonistes ivoiriens ont-ils enfin compris qu'il est temps de faire la paix ? La victoire militaire d'un camp sur l'autre étant caduque tant les Forces d'interposition françaises et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)sont sur place, l'espoir d'une paix définitive est désormais à l'horizon. Mieux, le président Gbagbo s'est fait fervent défenseur de l'application des accords de Linas-Marcoussis. Il demande leur application intégrale. Ce qui suppose que ce n'est plus seulement dans leur "esprit " mais aussi dans leur "lettre". Est-ce l'aboutissement des pressions internationales ? Beaucoup le pensent. Il reste maintenant de le faire accepter par ses redoutables "jeunes patriotes". Ces derniers seraient-ils prêts à le suivre ? Rien n'est moins sûr quand on sait qu'ils ne sont pas les seuls opposants aux accords de Marcoussis. Nombre des personnalités du pouvoir ont une aversion connue de ce "coup d'Etat constitutionnel de Marcoussis", selon leur expression. Ces derniers traîneront les pas derrière Gbagbo. L'essentiel étant peut-être qu'ils ne soient trop en retrait voire hors-jeu.
La résolution de la crise ivoirienne suffira-t-elle à effacer le signe indien qui accable l'Afrique de l'Ouest ? Rien n'est moins sûr. En effet, pour l'année 2003, on a enregistré entre septembre et octobre, trois (3) tentatives de putschs ou présentées comme telle. : Sao-Tome et Principe en septembre ; Mauritanie et Burkina Faso en octobre. En août de la même année, une rébellion a contraint le président Charles Taylor du Liberia à quitter le pouvoir. Ces tentatives de coups d'Etat devraient au moins amener certains régimes décadents à mieux penser l'alternance politique, pour permettre à leur peuple de vivre en paix et dans la démocratie. Ils doivent comprendre que l'ère des dictatures constitutionnalisées est révolue. Aucun homme n'est digne de diriger un pays tant qu'il considère ce pays comme une "affaire personnelle" dont il est le président du conseil d'administration

B.B

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 10 Janvier 2004