Forum d'Obama à DC
Sango fait un pied de nez à Blaise

Par Ramata Soré
Vous désirez une société meilleure avec
des institutions qui fonctionnent à merveille ? Investissez
dans la jeunesse ! Obama semble avoir compris cela. Et c'est
pourquoi il a rencontré du 03 au 5 aout dernier 120 jeunes
africains parmi lesquels, Abdoul Karim Sango, homme politique,
juriste de formation, et enseignant permanent de droit public
à l'ENAM.
En organisant cette rencontre avec la jeunesse africaine à
Washington DC pour célébrer les 50 ans des indépendances
de 17 pays africains, il a voulu rompre le cercle des sommets
et autres conférences ou des conventions jamais appliquées
pourtant signées et ratifiées par nos chefs d'Etat.
Sa méthode : discuter avec la future classe dirigeante.
En agissant ainsi, Obama vient de mettre fin à une coutume
qui veut que les puissances occidentales aient toujours pour
interlocuteurs leurs homologues africains.
Des leaders charismatiques
Mais que cache cette initiative américaine ? Serait-ce
encore l'une de ces initiatives qui consiste à endoctriner
et a "fabriquer " des dirigeants qui seront à
leurs soldes dans le futur ? L'histoire de l'Afrique et notamment
du Burkina a été marquée d'événements
tragiques. Des leaders comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba,
pour ne citer que ces deux, qui voulaient exprimer leur singularité
par rapport à la gestion du pouvoir ont été
férocement combattus par les Occidentaux. Ces derniers
voulaient le maintien du cordon ombilical du colonialisme, du
néocolonialisme et de voulaient nullement. Et quel sort
leur a été réservé? La mort. Et
cela simplement parce qu'engagés et soucieux du devenir
de leurs peuples, ils voulaient une société libre
et prospère pour leurs peuples.
Dans son discours d'ouverture durant la rencontre de DC, Obama
a exprimé son désir d'une société
libre et démocratique pour l'Afrique. Est-il, tout comme
les dirigeants des anciennes puissances coloniales, prêt
à ce que cette élite en devenir exige et obtienne
l'indépendance dans la gestion des pays africains pays
?
A DC, les représentants de la jeunesse africaine ont
soutenu l'idée selon laquelle l'Afrique a besoin d'une
démocratie effective. Mais comment l'obtenir ? Comment
s'assurer que les dispositions constitutionnelles relatives
à la gestion du pouvoir, à la bonne marche de
la démocratie soient respectées ? Sango affirme
que dans un questionnaire adressé à Obama, il
a suggéré que cette dernière problématique
soit débattue à l'Assemblée générale
des Nations Unies afin qu'une solution concertée soit
trouvée.
Nécessité du sentiment d'appartenance
En attendant cela, comment le Burkina peut-t-il bénéficier
des retombées de la rencontre de DC ? Pour Abdoul Karim
Sango, une réplique au niveau national du forum d'Obama
permettra à la jeunesse burkinabè de réfléchir
et de mener des actions concrètes pour l'avancée
du pays. Mais cette action seule n'est pas suffisante. La jeunesse
doit d'abord être habitée par le sentiment d'appartenance
au pays, être fier d'être Burkinabè et surtout
savoir que leurs actions détermineront l'avenir du pays.
Outre cela, une prise de conscience par la population africaine
et surtout burkinabè de sa capacité à faire
changer positivement sa société est salutaire.
Si cette population prend conscience que c'est elle qui détient
le pouvoir, que c'est elle qui peut élire ou destituer
un quelconque dirigeant, cela sera une très grande avancée.
Car tout chef d'Etat, qui pense que sans lui la terre s'arrêtera
de tourner, réfléchira à plusieurs reprises
avant de modifier un article de la Loi fondamentale.
Selon M. Sango, le seul des trois représentants burkinabè
que nous avons pu rencontrer durant le séjour américain,
le forum d'Obama revêt deux significations. La première
est une forme de reconnaissance à un très haut
niveau du travail que certains jeunes burkinabè font
pour l'avancée de la démocratie au Faso.
La deuxième est de discuter de la vision de l'Afrique
pour les 50 prochaines années et constituer un vaste
réseau des jeunes africains et américains en vue
de monter des projets communs au bénéfice des
peuples d'Afrique et des Etats-Unis. Et pour ce faire, peu importe
le bord politique de l'individu, seul son engagement citoyen
compte.
La récompense au bout du compte
A cet effet, M. Sango pense que c'est son engagement pour un
meilleur devenir de la société burkinabè
qui a valu sa sélection par l'ambassade des Etats-Unis
à Ouagadougou : "Je dois dire que dans ma génération,
je fais partie de ceux qui animent le plus grand nombre de conférences
et d'ateliers sur les questions de démocratie, de droits
de l'homme et de liberté de la presse ". Ceci étant,
il s'est dit offusqué par le fait que certains Burkinabè
l'aient qualifié "d'opposant radical à Blaise
" qui ira noircir le tableau de ce dernier une fois à
DC. "Les Etats-Unis [n'ont] pas besoin de Sango pour apprécier
la qualité de la gouvernance démocratique dans
notre pays. Est-ce moi qui ai écrit le rapport du MAEP
et le rapport du Collège des sages ? ", lance Sango,
sur la défensive.
Nonobstant ce point sombre, Abdoul Karim Sango se dit heureux
de voir son engagement pour son peuple reconnu par les Américains,
même si dans le contexte burkinabè, les efforts
des jeunes ne sont pas reconnus à leur juste valeur "
par ceux qui ont l'illusion d'être puissants aujourd'hui
" ou ces ministres qui se croient "tellement importants
qu'ils n'ont pas votre temps ". Et pour lui, la récompense
pour son engagement est le privilège qu'il vient d'avoir
en rencontrant Obama : "Aujourd'hui, c'est le Président
Obama qui m'ouvre les portes de la Maison blanche, qui me tend
la main pour me saluer. Or, nos gouvernants doivent utiliser
des lobbys pour accéder à la Maison blanche qui
symbolise quand même l'idée de démocratie
et de la liberté".
Etats-Unis
Un projet de construction de Centre islamique crée la
panique
La "Mosquée du Ground Zéro" provoque
la panique parmi les Américains. Même cette expression
est loin d'être exacte ou juste, elle réussit néanmoins
à rendre les Américains très émotionnels.
En effet, le projet de création d'un centre islamique
avec une salle de sports, un restaurant, une piscine, un théâtre
et une mosquée est prévu pour être construit
à environ 200 mètres de l'ancien site des Twin
Towers ou Ground Zéro. D'ailleurs, à l'endroit
exact où doit être construit le complexe se trouve
déjà une mosquée, lieu où des musulmans
depuis 2009 prient sans que cela n'irrite aucun Américain.
Le projet a commencé à diviser les Américains
et à engendrer des polémiques lorsque les hommes
politiques, notamment les Républicains, campagne sénatoriale
oblige, ont affirmé qu'une mosquée sera construite
sur les cendres des Twins Tours. Ce qui est loin d'être
vrai.
Utiliser les 3000 morts du 9/11 pour faire compagne
Apostrophant Obama, le candidat républicain de la Floride
au poste de gouverneur affirme : "M. le président,
Ground Zéro n'est pas la place appropriée pour
la construction d'une mosquée " et Newt Gingrich,
un autre Républicain, de renchérir : " Les
Nazis n'ont pas le droit de mettre un signe près du musée
de l'holocauste à Washington. Nous n'accepterons jamais
que les Japonais érigent un monument près de Pearl
Harbor. Et il est hors de question pour nous d'accepter une
mosquée près du World Trade Center ".
En novembre prochain, les Américains doivent élire
leurs gouverneurs et cela semble bon pour les Républicains
et quelques rares démocrates d'utiliser les 3000 morts
du 9/11 pour faire compagne. Aussi la fausse idée que
l'Islam est autre chose qu'une religion de tolérance
et de pardon ne suffit pas à apaiser ces Américains
dont l'ignorance n'a d'égale que la désinformation
diffusée par les différents médias.
Il y a des mosquées dans la zone du Wall Trade Center
où se trouve Ground Zéro. Et même, les Musulmans
prient à l'intérieur du Pentagone situé
à quelques mètres de l'endroit où le vol
77 heurta un immeuble.
Dans ce concert de désinformation, Rush Limbaugh, un
journaliste pro-républicain va même jusqu'a appeler
Obama "Imam" et le considérer comme le "
Premier président américain musulman ". Pourtant,
Obama a eu a affirmé à plusieurs reprises qu'il
est chrétien même s'il a eu à passer une
partie de son enfance en Indonésie.
D'ailleurs, un sondage par le Pew Research Center montre que
près de 70% des Américains croient que Obama est
musulman.
Apprendre à contrer l'autre
Le maire de New York, Michael Bloomberg et son conseil n'ont
pas fait d'opposition à la réalisation du projet
de construction du Centre islamique. Il est d'ailleurs prévu
que des non-musulmans siégeront au sein du comite de
pilotage du Centre islamique.
Obama s'étant exprimé sur la question - avant
que l'on ne le lui reproche- s'est vu rabrouer par les Républicains.
Pourtant, il a simplement affirmé que les Etats-Unis
étaient un pays où chacun a le droit de pratiquer
librement sa religion.
L'ancien chargé des affaires juridiques auprès
de l'administration Bush, Ted Olson dont l'épouse est
décédée lors de l'attaque du 9/11, a soutenu
Obama dans cette perspective. Pour lui, il est hors de questions
" de transformer un acte de haine posé par des extrémistes
en un acte d'intolérance contre une religion ".
Le comble est que bon nombre d'Américains savent de l'islam
que des actes de terrorisme rapportés par leurs médias.
Et cela va de soi pour eux que l'Islam égale terrorisme
même si dans les faits, cela est tout autre.
Les responsables du projet du centre islamique n'ont pour l'heure
ni confirmer ni infirmer la rumeur qui veut que le projet soit
relocalisé dans un endroit loin du Ground Zéro.
Pour l'heure, les alentours de la mosquée sont les QG
des journalistes et des manifestants pro ou contre. Cela a été
le cas ce dimanche 22 août.
R.S