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Fonds des Duvalier
La Suisse pourrait en faire "don" à Haïti

Sa famille a grandement contribué à la pauvreté de Haïti

Le 03 février dernier, le gouvernement suisse a annoncé à la communauté internationale qu'elle était prête à restituer à Haïti les 4.6 millions de dollars appartenant à l'ex-président haïtien déchu, Jean-Claude Duvalier dit Baby Doc. Haïti évalue à plus de 100 millions de dollars les sommes détournées entre 1957 et 1986 par Duvalier père et fils lors de leurs règnes.
La décision suisse est advenue à un moment où Haïti, dévasté par un tremblement de terre, bénéficie d'un élan de solidarité sans précédant.
En fait, la Suisse appréhende la désapprobation de la Communauté internationale si elle venait à restituer cette somme. Elle a donc préféré aller à l'encontre de la décision de son Tribunal fédéral. Ce tribunal avait, le 12 janvier dernier, (jour du tremblement de terre en Haïti,) donné raison à un recours déposé par un Duvalier pour récupérer les fonds.
Le Tribunal fédéral a justifié sa décision de rendre les fonds à Duvalier par le fait d'une disposition inadaptée de la loi suisse sur l'entraide internationale en matière pénale appliquée " à la restitution des avoirs des dictateurs déchus".
Pour remédier à cela, le gouvernement helvétique envisage un projet de loi. Et cette loi permettrait de confisquer une fois pour toutes les fonds Duvalier bloqués depuis la chute en 1986 de Baby Doc. C'est l'absence de cette loi qui a permis à la famille de feu Mobutu Séssé Seko de rentrer en possession des 3,4 milliards de dollars et à celle du Nigérian Sani Abacha de récupérer 100 millions de dollars.
Refuser la restitution des sommes détournées, c'est favoriser l'impunité et par extension renforcer la misère des peuples spoliés. Et cela ne fait que ternir l'image de la Suisse.
Il y a toutefois un bémol à cette situation d'absence de loi, car certains gouvernements décidés à récupérer les fonds détournés y sont parvenus. C'est le cas du Mali. Le pays, après une bataille judiciaire de plus de six ans, avait pu rentrer en possession des 2,4 milliards de dollars saisis sur différents comptes détenus par Moussa Traoré, après avoir prouvé l'origine frauduleuse des avoirs.
Au cours de ces dernières années, la Suisse a pu restituer aux Philippines, au Pérou, au Kazakhstan, Madagascar, etc. de l'argent détourné par leurs personnalités.
Dans la bataille pour la restitution des fonds, la Suisse doit changer ses lois bancaires pour sauver la face. Toutefois, il est du ressort des différents pays, notamment africains, de renforcer leurs législations afin de rendre difficile sinon impossible l'expatriation de fonds, de renforcer le système judiciaire afin qu'il puisse agir en toute efficacité. Tout comme ils doivent renforcer les lois exigeant des dirigeants politiques la déclaration de leurs avoirs.

Ramata Soré


Fonds illégaux aux Etats-Unis
Le gouvernement américain débusque
4 personnalités africaines

Teodoro Obiang de la Guinée équatoriale, Omar Bongo du Gabon, Jennifer Douglas des Etats-Unis et quatrième épouse d'un dignitaire nigérian, Aguinaldo Jaime, ancien président de la Banque centrale d'Angola et le mercenaire Pierre Falcone.
Ces personnalités sont désormais fichées. Elles sont auteures de transactions illégales aux Etats-Unis. C'est une enquête de 330 pages menées par le Senat américain, et publié le 04 février dernier, qui a permis de mettre au jour leurs activités.
Selon l'enquête, il ressort que ces personnalités et leurs proches ont exploité les failles de la législation américaine pour blanchir et transférer des fonds illicites aux Etats-Unis.
fils du président de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang. Entre 2004 et 2008, il a bénéficié de services d'avocats américains et de banquiers pour transférer plus de 110 millions de dollars dans certaines banques américaines. 30 millions de ces fonds ont servi à l'achat d'une résidence à Malibu et 38,5 à celui d'un avion. Actuellement, ce fils de président est sous poursuite judiciaire.
Feu le doyen des chefs d'Etat africain, Omar Bongo du Gabon ne manque pas à l'appel. Après 41 ans passés au pouvoir, il se retrouve avec une énorme fortune. En 2006, il a bénéficié de l'aide d'un expert américain pour transférer 18 millions de dollars dans différentes banques américaines. Ces fonds ont permis à Bongo d'acquérir des véhicules blindés et des avions cargo militaires C-130. Dans les transactions, 9,2 millions de dollars ont directement atterris sur un compte personnel de Omar Bongo à Malte.
L'enquête révèle qu'en 2007, le président Omar Bongo a transporté en liquidités 1 million de dollars en coupures de 100 dollars aux États-Unis et cela sous le couvert de l'immunité diplomatique. Ces fonds n'ont pas été déclarés aux autorités locales comme l'exige la loi. Par la suite, sa fille dont l'enquête ne précise pas le nom, a déposé ladite somme dans un coffre-fort et plus tard dans son compte bancaire.
Sur la liste des indélicats, une américaine, Jennifer Douglas. Elle est la quatrième femme d'Atiku Abubakar, ancien Vice-président et ancien candidat aux présidentielles de 2007 au Nigéria. Elle a aidé son époux à transférer plus de 40 millions de dollars vers les États-Unis de 2000 à 2008. Actuellement, elle fait l'objet de poursuites de la part du conglomérat allemand Siemens. Et ce, pour avoir utilisé les services de ce conglomérat pour effectuer des transferts illicites.
Le fameux mercenaire Franco-angolais, Pierre Falcone, renommé pour ses ventes d'armes et ses démêlés avec la loi française purge actuellement une peine de 6 ans de prison. N'empêche qu'il est également connu aux Etats-Unis pour blanchiment d'argent. Dans l'Etat d'Arizona, il avait accès à plus de 30 comptes bancaires.
Aguinaldo Jaime, ancien président de la Banque centrale d'Angola. Il a tenté à deux reprises de transférer 50 millions de dollars depuis l'Angola sur un compte privé aux Etats-Unis. Cette tentative a conduit la Citibank à clore les comptes de certaines institutions angolaises et à fermer son bureau local.
Choqué par ces actes illégaux et illicites, le sénateur Carl Levin, qui a présidé le comité chargé des enquêtes, affirme que ces agissements constituent une menace pour l'intérêt national américain. "C'est pourquoi, poursuit-il, les États-Unis sont engagés dans un combat incessant, la bataille mondiale pour stopper le flux d'argent illégal vers et dans des endroits comme l'Irak et l'Afghanistan."
Pour lui, cette lutte est nécessaire d'autant plus que "l'argent blanchi est utilisé pour former et soutenir les terroristes et le terrorisme. Si nous voulons mener de manière crédible les efforts pour arrêter des fonds illégaux à l'étranger, nous devons l'arrêter ici, chez nous aussi ".
Ainsi, dans la lutte contre ces transferts illicites et ce depuis 2009, la Banque mondiale exige que les personnalités politiques soient soumises à des contrôles stricts lors d'opérations bancaires afin de détecter toute activité suspecte. Dans la même lancée, le comité ayant mené les enquêtes exige que les banques américaines identifient les ayants droits des fonds transférés, afin d'empêcher l'utilisation de sociétés écrans. Il est également prévu un ddurcissement des règles d'immigration et de visas afin de permettre l'expulsion et d'interdire l'entrée du territoire américain à ces personnalités.
Avec ces nouvelles dispositions et procédures de surveillance, les transferts illégaux vers les Etats-Unis deviendront de plus en plus difficiles.

Ramata Soré


Côte-d'Ivoire
Un accord au forceps

24 heures auront suffi au facilitateur pour obtenir un accord entre les belligérants de la crise ivoirienne. Pour autant, ce n'est pas l'euphorie dans les différents camps. Au regard des volte faces auxquels le président ivoirien est coutumier, on attend de voir comment ce nouvel accord résistera dans les faits.

"A la suite de la visite des présidents Bédié et Ouattara à Ouagadougou et suite au séjour du président Compaoré à Abidjan hier, il a été convenu en ce qui concerne la Commission électorale indépendante que rien de prouvé et de fondamental n'étant reproché au président Beugré Mambé et puisque nous sommes dans un processus de négociation et de sortie de crise, la Commission électorale indépendante dans son ensemble ne sera pas dissoute. C'est la présidence de la Commission électorale indépendante qui sera refaite. A savoir le président et les quatre vice-présidents qui vont être remplacés par les partis qui les avaient mandatés. Et le jeudi, une réunion d'élection devrait se tenir à la Commission électorale indépendante pour élire le nouveau président et les quatre nouveaux vice-présidents afin de permettre à la Commission électorale indépendante de se mettre au travail avec une période de 21 jours pour le nouveau contentieux électoral qui devra se soumettre strictement au mode opératoire pré-établi pour la période de la contestation. Afin qu'à partir du 21 mars, il soit possible de sortir le listing électoral définitif. Que pour la période de fin avril, début mai, sans faillir, le premier tour de la présidentielle puisse se tenir. Ensuite, le deuxième point qui est celui de la formation du gouvernement, les négociations entre les membres du Rhdp et le Pit continuent avec le premier ministre. En attendant l'effectivité de la mise en place de la Commission électorale indépendante, sous ces conditions-là, le Rhdp et le Pit maintiennent leur mot d'ordre de contestation, de manifestation jusqu'à ce que nous voyions dans les faits la mise en place de la Commission électorale indépendante et le début de ses travaux." C'est en ces termes que le président du Rassemblement des Houphouétistes, le professeur Alphonse Djédjé Madi résume l'accord conclu à Abidjan entre les parties en conflit, sous l'égide du facilitateur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la méfiance est de mise. L'on est en effet surpris de la détermination des Houphouétistes, récemment rejoints par le Parti ivoirien des travailleurs du professeur Francis Wodié à résister aux foucades du président ivoirien. Eux que l'on croyait déstabilisés par la stratégie dilatoire de Laurent Gbagbo. Si le président ivoirien comptait sur l'intimidation pour imposer sa vision du processus, il devra désormais déchanter. Les manifestations qui ont gagné les principales villes de Côte d'Ivoire démontrent si besoin était que tous les camps sont préparés pour l'affrontement. Laurent Gbagbo a certainement été surpris de l'ampleur de l'insurrection dans une ville comme Gagnoa considérée comme son fief. La réaction des forces de l'ordre qui ont tiré à balles réelles faisant 5 morts traduit un certain désarroi au sein des forces de l'ordre que l'on dit acquises au camp du chef de l'Etat.
Qu'aura finalement apporté le coup de sang de Gbagbo consistant à dissoudre le gouvernement et la Commission électorale ? En réclamant la tête de Robert Beugré Mambé, le président de la commission électorale, Gbagbo visait à s'assurer le contrôle de ladite commission. Il a réussi à obtenir la tête de son président, est-ce cela l'essentiel ? Certains voient en effet dans les opérations de radiation entreprises dans la foulée de la double dissolution du gouvernement et de la CEI, la volonté de Gbagbo d'empêcher de nouvelles inscriptions d'électeurs qui pourraient ne pas lui être favorables. Dans ces conditions, il faut croire que les Ivoiriens ne sont pas encore sortis de l'auberge. Tout semble indiquer que les acteurs ivoiriens sont entrés dans la stratégie de la "victoire ou la mort". Blaise Compaoré a donc intérêt à défaire son baluchon. En attendant, Guillaume Soro a publié ce mardi 23 février une liste incomplète de son gouvernement qui compte au total 28 membres. Onze postes sont réservés à l'opposition qui pourrait les pourvoir dès que le nouveau bureau de la CEI aura été formé.

Germain Bitiou Nama

 

 

 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 1er mars 2010