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Mauritanie
Rétablir la légalité constitutionnelle

Les pressions tous azimuts exercées par la communauté
internationale sur la junte militaire qui a pris le pouvoir
le 6 août dernier en renversant le président Sidi
Mohamed Ould cheikh Abdallahi lui demandant de rétablir
la légalité constitutionnelle n'a rien donné.
En clair, elle exige du nouvel homme fort de Nouakchott qu'elle
rétablisse l'ex-président dans ses prérogatives
de président de la République islamique de Mauritanie.
Un régime militaire est un recul de démocratie
en Afrique comme ailleurs. A l'intérieur et à
l'extérieur du pays, des lobbies pro et des anti junte
se sont constitués. Ce qui est important de retenir,
c'est qu'en Mauritanie même, le rang des inconditionnels
de l'ex-président s'éclaircit. Les deux tiers
des membres de l'Assemblé nationale et du Sénat
et la presque totalité des maires mauritaniens soutiennent
le nouveau régime. Ils se rangent derrière les
responsables du Haut Conseil d'Etat, organe créé
par la junte après le coup de force du 6 août.
Le 14 août, le président du Haut Conseil d'Etat
a nommé un Premier ministre, Moulaye Ould Mohamed Lagdaf.
Le 17 courant, intervenant pour la première fois sur
les antennes de la radio et de la télévision nationales,
le chef de la junte militaire a annoncé que des élections
présidentielles libres et transparentes seront organisées
dans un avenir très proche.
La légalité serait à géométrie
variable pour l'Union africaine. En effet, elle n'a pas réussi
à faire respecter la légalité par le président
Mwaï Kibaki au Kenya qui a été battu à
la présidentielle par son challenger Raila Odinga. Il
en a résulté des violences sociales sans nom.
La même Union africaine est incapable de faire entendre
à Robert Mugabe qui est allé en solitaire au second
tour de l'élection présidentielle
, après
un premier tour remporté par l'opposition le 29 mars
dernier incarnée par le leader du Mouvement démocratique
pour le changement (MDC), Morgan Tvangirai. Qu'est-ce que la
légalité constitutionnelle pour l'Union africaine
? Celle acquise par la plupart des présidents africains
parce qu'ils ont fraudé, bourré les urnes, acheté
les voix des électeurs ? Ou celle que détiennent
les militaires après un coup d'Etat réussi ? Où
se trouve la différence ? Quelle légalité
et légitimité constitutionnelle a un président
qui charcute la constitution à sa guise pour rester au
pouvoir des décennies durant, bafouant ainsi impunément
et sans vergogne les règles les plus élémentaires
de la démocratie ? La junte militaire qui l'empêche
de transgresser si allègrement les principes démocratiques
et violer les droits de ses concitoyens ne fait-elle pas uvre
de salut public ? L'union africaine si pointilleuse sur le respect
de la légalité constitutionnelle ferme pourtant
les yeux sur les présidences à vie qui est loin
d'être une norme constitutionnelle. Mais la situation
mauritanienne est tout autre. Cette junte n'est pas venue pour
restaurer la démocratie, mais pour la tuer. Elle va organiser
des élections sous contrôle. La communauté
africaine devrait être très ferme en exigeant la
libération du président déchu et sa restauration
dans sa fonction présidentielle. La communauté
internationale devrait en faire de même. Sinon, on finira
par croire que les sanctions sont à géométrie
variable.
Basile Baloum
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OMC
Le fiasco de Genève
Du 21 au 29 juillet s'est tenue à Genève les négociations
sur la libéralisation du commerce international. Il s'agissait
pour les délégués des 150 pays membres, d'examiner,
dans le cadre du cycle de Doha lancé en novembre 2001, les
grandes voies d'un accord global pour accélérer le développement
par la libéralisation des échanges. Ce fut un échec,
un grand échec. Un échec à l'instar de la Conférence
de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
(FAO) qui s'est déroulée du 3 au 5 juin à Rome.
Un échec, surtout pour les pauvres du Sud comme le fut la 17ème
Conférence sur le sida qui a réuni du 3 au 8 août
dans la capitale mexicaine environ 22 000 délégués
du monde entier. Au cours des précédentes conférences
mondiales, comme à Rome et à Genève récemment,
les riches ont promis. Ils ont beaucoup promis. Surtout à l'Afrique
! L'Afrique attend la concrétisation des faramineuses promesses.
Elle attendra longtemps.
Genève a été un fiasco à cause de l'égoïsme
des pays industrialisés du Nord qui veulent préserver
leurs intérêts en refusant de supprimer, ou tout au moins
de diminuer les subventions qu'ils donnent à leurs producteurs
agricoles et industriels. En revanche, ils exigent des pays pauvres
d'Afrique et des pays émergents d'Asie que ces derniers abattent
leurs tarifs douaniers pour permettre l'entrée libre de tout
ce qui est cultivé ou fabriqué dans le Nord. On attend
de l'Afrique, mais aussi des pays comme l'Inde, le Brésil qu'ils
s'étouffent économiquement en ouvrant leurs frontières
à tout les pays du monde. Ce qui est inacceptable parce que
simplement injuste.
Si l'ensemble du continent africain sort comme le principal et le
grand perdant de cette conférence de l'OMC, les pays africains
producteurs de coton le sont davantage. Les subventions que les pays
du Nord accordent notamment à leurs producteurs de coton ont
un effet très dévastateur sur les productions africaines
sur le marché international. Par exemple, les Etats-Unis ont
proposé à Genève de plafonner leurs subventions
à l'agriculture à 15 milliards de dollars par an. C'est
un recul en ce sens que l'an dernier, ils avaient proposé 17,5
milliards de dollars.
C'est très aisé à comprendre, le jeu des pays
développés du Nord. Il faut maintenir les Africains
dans leur rôle d'éternels consommateurs de produits finis
et de fournisseurs de matières premières. Faute de refuser
de ne plus vouloir jouer ce rôle, les riches veulent les laisser
à leur sort, avec leur 885 millions d'affamés, leurs
22 millions de malades du sida, leurs nombreuses populations n'ayant
pas encore accès à l'eau potable et à l'assainissement.
Et par-dessus tout, leur énorme dette. Tant et si bien qu'on
se demande si des organisations comme l'OMC, mais aussi bien d'autres,
ne sont pas des organisations pour riches. Quelle place les pays pauvres
du Sud occupent dans ces organisations ? Une place marginale.
Basile Baloum
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