Barack Obama

Le "Motiba"1 de la civilisation occidentale
Si Obama est élu en novembre prochain président
des Etats-Unis, ce sera un big bang dans l'ordre international
jusque-là solidement établi. Les Noirs ne seront
plus les hommes du " passé ", pour reprendre
l'expression de Nicolas Sarkozy à Dakar, mais il faudra
les reconsidérer autrement. La plus grande puissance
du monde désormais dirigée par un Noir, certes
métis, mais un Noir quand même, avec une épouse
noire. Un couple noir à la Maison Blanche, cela va détonner
sur l'ordre mondial, sauf si d'ici là, "un malade"
ne s'occupe de lui.
Il y a des bouleversements qui sont difficilement acceptables.
Les combattants afro américains pour les droits civils
" civils rigths " ont payé le prix fort pour
que les Noirs aient le droit de s'asseoir sur le même
banc que les Blancs. Combien de sacrifice faudra-t-il pour que
les Noirs aient le droit de diriger une puissance occidentale
? Ce niveau de responsabilité reste, quoiqu'on pense,
une citadelle qui ne sera pas facile à prendre. En tout
cas, pas de sitôt.
On peut croire, avec le parcours fulgurant de Barack Obama,
que cet avènement est là, qu'il est prêt
à se réaliser. Il faudra cependant être
très prudent. L'ordonnancement du monde d'aujourd'hui
est construit sur des valeurs qui seront pulvérisées,
si effectivement, Obama devait accéder à la tête
des Etats-Unis et devenir de fait, le maître du monde.
Imaginez toute la puissance qu'il aura entre ses mains ? Imaginez
toutes les remises en cause que cela pourrait produire ? Les
ordres établis et les certitudes de toutes sortes ? Nous
sommes, même si nous ne le réalisons pas encore,
totalement à la veille des bouleversements dont on ne
peut encore imaginer l'ampleur. Même si elle donne l'impression
d'être perméable aux évolutions, la société
occidentale ne reste pas moins arc boutée sur des valeurs,
parfois dépassées, mais dont la réminiscence
itérative rappelle les lignes rouges qui ne sont pas
franchissables.
Ce sont ces valeurs " intangibles " qui ont fait le
lit de l'extrême droite en Europe. Un candidat comme Nicolas
Sarkozy n'a pas hésité parfois à surfer
sur ces valeurs, pour débaucher les électeurs
du Front National.
Dans le cas des Etats-Unis, incontestablement, les esprits ont
évolué. De toute façon, Obama n'aurait
pas pu gagner les primaires contre Hillary Clinton, s'il devait
compter seulement sur les voix des Noirs qui représentent,
dans l'hypothèse optimiste, 12% de la population des
Etats-Unis. Mais on remarquera aussi, que c'est l'une des rares
fois, pour ne pas dire la première fois, qu'une primaire,
dans l'un des deux grands partis américains, est aussi
rudement disputée. Il y a une cristallisation des militants,
du même parti, au point qu'il est admis aujourd'hui, qu'un
nombre relativement important des 17 millions des partisans
de Hillary ne voteront pas pour Obama. Cette défection
pourrait être compensée par le vote dissident de
millions de républicains qui ont des yeux de Chimène
pour le sénateur de l'Illinois. Mais cela reste que c'est
une situation inédite qui n'est pas totalement étrangère
au fait qu'Obama est un Africain américain. Durant la
campagne, les sirènes de la ségrégation
ont parfois inspiré Hillary Clinton. Elle n'est certes
pas allée très loin, mais le fait même qu'une
personne comme elle y pense est symptomatique de ce que certaines
considérations sont simplement à fleur de peau.
Autre fait qui laissera indubitablement des traces, l'attitude
de la même Hillary, qui n'a pas pressé le pas pour
reconnaître la victoire de son adversaire. Or, depuis
le mardi 3 juin à minuit, elle savait bien qu'il n'y
avait plus rien à faire.
Ce projet de Obama de conquérir la Maison Blanche est
périlleux. D'ici novembre tout est possible pour lui.
Les extrémismes en occident sont aussi violents et aveugles
que ceux islamistes. Quand un avènement, comme celui
qui se déroule sous nos yeux, est susceptible de perturber
l'ordre établi, toutes les options sont ouvertes.
S'il était élu, cela ne changera pas fondamentalement
la politique américaine sur l'échiquier international.
Aussi bien en Afghanistan qu'en Irak, les troupes américaines
ne s'en iront pas immédiatement et les prétentions
américaines sur les ressources dans ces régions
ne seront pas abandonnées. L'avènement de Obama
pourrait a contrario faciliter l'acceptation de l'hégémonie
américaine et permettre que se réalisent les desseins
que Bush voulait obtenir par la force
1 Motiba, qui veut dire en réalité Modibo, maître
coranique en fulfuldé, a pu par le hasard des choses
accéder au trône du royaume du Mogho naaba. Il
a pu se maintenir 07 ans durant avant de se faire assassiner
par les gardiens de l'ordre traditionnel. Considéré
comme un usurpateur, son nom n'est jamais cité dans la
généalogie des Moro naaba. Jusqu'à présent,
les esprits ne semblent pas prêts à reconsidérer
cet épisode de l'histoire.
Par Newton Ahmed Barry