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L'Afrique est le continent des fléaux, l'Asie celui des catastrophes

Au cours des deux dernières semaines, deux grandes catastrophes ont endeuillé deux pays d'Asie. Il s'agit du cyclone baptisé Nargis qui a balayé le 9 mai la Birmanie et du tremblement de terre d'une rare intensité qui a secoué le sud-ouest de la Chine le 12 mai. En Birmanie, le cyclone est cause de 134 000 personnes mortes et disparues. En Chine, on dénombre à ce jour 73 000 morts et disparus. C'est connu que l'Afrique est le continent des fléaux : sida, paludisme, tuberculose, désertification, sécheresse, guerres civiles, etc. Pour sa part, l'Asie est le continent des grandes catastrophes naturelles : tsunami, typhons, cyclones, inondations, tremblements de terre, et autres glissements de terre.
Dans les deux catastrophes récentes qui ont frappé la Chine et la Birmanie, qui est aussi appelée Myanmar, ce n'est pas tant les bilans humains qui retiennent l'attention, ils sont très lourds ; ils sont à l'échelle de la population de ce continent où vivent les deux tiers de la population du globe. C'est l'attitude des deux Etats face à la détresse de leurs peuples.
La Chine, pays communiste, où tout confine au secret d'Etat, un pays qui vit enfermé sur lui-même parce qu'il a à l'heure actuelle la capacité de le faire a, dès le séisme et ses conséquences connues demandé l'assistance de la communauté internationale. Des secours en vivres et en couvertures et pour prévenir les épidémies ont afflué de partout du monde, sauf d'Afrique. Du Japon, de l'Union européenne, des Etats-Unis d'Amérique, des équipes de secouristes ont accouru et travaillent aujourd'hui aux côtés de leurs homologues chinois pour sauver des vies humaines ou réduire les souffrances de leurs semblables. L'expertise étrangère, occidentale en l'occurrence est particulièrement sollicitée pour tester la solidité des ouvrages édifiés après le tremblement de terre, mais surtout les nombreuses répliques qui se succèdent. Il faut colmater soigneusement les fissures qui seront décelées pour éviter d'autres catastrophes. C'est notamment le cas du barrage des Trois gorges, un ouvrage pharaonique par la taille et les moyens mis en œuvre pour sa réalisation. L'attitude du gouvernement chinois a surpris les observateurs dans la gestion du séisme parce qu'il a accepté ouvrir ses frontières aux équipes de secours étrangères. Ce qui n'était pas donné d'avance, vu l'attitude du même gouvernement sur le problème tibétain. L'accès du Tibet est interdit aux étrangers. Le président chinois, Hu Juntao a félicité tous les pays qui ont envoyé du secours et des équipes dans la région de Sichuan, région durement frappée par le tremblement de terre d'une amplitude rare. En hommage à ces dizaines de milliers de morts et disparus, le gouvernement chinois a décrété un deuil national de trois jours à partir du lundi 19 mai.
La junte birmane elle aussi a institué un deuil national à partir de mardi 20 et qui a pris fin le jeudi 22 mai. Mais pendant que la Chine, une puissance économique émergente, qui a atteint d'ores et déjà son auto suffisance alimentaire s'ouvre à l'extérieur pour recevoir différentes sortes d'aides au profit des sinistrés du séisme, la junte birmane qui tient le pays depuis vingt-cinq ans sous sa botte s'est illustrée par son cynisme. Elle a rejeté toute aide étrangère et fermé le pays aux équipes de secours. Les généraux birmans exigent que l'aide destinée aux sinistrés du typhon lui soit remise, à charge pour elle de la répartir. On estime à environ 2 500 000 le nombre de personnes sans abri en ce début de mousson dans cette partie du monde. Les donateurs savent le haut degré de corruption qui sévit au sein de la junte, ils craignent que leur aide ne soit détournée et qu'elle ne serve à enrichir les membres de la junte. Aussi, refusent-ils. La junte, quant à elle reste insensible aux pressions diplomatiques qui viennent de toutes parts. Des pays comme la Chine qui peuvent l'y forcer ne font rien. Voici un gouvernement qui a décidé de laisser une partie de son peuple mourir sous le prétexte qu'il refuse toute ingérence extérieure.
L'attitude des généraux birmans ressemble étrangement à celle du gouvernement nigérien qui nie la réalité de la rébellion touarègue dans le nord du pays, comme il avait refusé il y a deux ans de reconnaître qu'il y avait la famine dans son pays. Pendant ce temps, la faim et la mal nutrition décimaient les populations à l'intérieur du pays. Ce refus de voir les choses en face le conduit en ce moment à nier l'existence de la rébellion touarègue et de maintenir notre confrère Moussa Kaka dans ses geôles. C'est un comportement général en Afrique que des pouvoirs décident d'affamer une partie de leurs peuples sous le prétexte qu'ils ont voté pour leurs opposants. Ils privent ainsi des régions entières d'infrastructures parce que lesdites régions seraient des fiefs de leur opposition. A défaut de convaincre, contraindre est devenue la stratégie politique de plusieurs régimes en Afrique.
Après la révolte des moines en septembre 2007, et l'espoir qu'elle a suscité dans maintes régions de la Birmanie de se débarrasser enfin d'une junte militaire corrompue et barbare, le séisme se présente comme une occasion pour " punir" ces populations en les privant d'aide, c'est-à-dire de nourritures et de médicaments. Les pressions devenant de plus en plus fortes, dont celle du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon qui est arrivé à Rangoun le 22 mai, le général Shawee, le chef de la junte a accepté de lâcher du lest. La question que tout le monde se pose est de savoir si la communauté internationale ne peut pas intervenir pour s'inviter de force en Birmanie au nom de l'ingérence humanitaire. Combien de temps, va-t-elle fermer les yeux sur le drame du peuple birman ?
En Afrique et aujourd'hui en Birmanie ou peut-être ailleurs, user de la nourriture comme une arme politique est indigne d'un gouvernement. C'est humainement abject

Par Basile Baloum

Chasse à l'homme en Afrique du Sud


Les scènes de violences xénophobes, les pogroms dont sont victimes depuis maintenant deux semaines les citoyens des autres pays africains ressortissants des Etats voisins montrent que les démons de l'exclusion et du rejet peuvent surgir de partout, à n'importe quel moment. Le fait que ceux qui manient aujourd'hui la machette et les barres de fer et même des armes à feu choisissent comme cibles les Zimbabwéens est déroutant, voire incompréhensible. En Afrique de l'Ouest, on pensait que les peuples zimbabwéen, mozambicain, angolais et sud-africain notamment qui ont en partage un passé caractérisé par une lutte sans merci pour se débarrasser de la domination blanche seraient à l'abri des tribulations que l'on rencontre partout ailleurs en Afrique à propos des migrations des populations entre les frontières. Sur une population de 50 millions d'habitants, le pays de l'Arc-en-ciel compte 5 millions d'immigrés dont 3 millions de Zimbabwéens. Le nombre de ces derniers s'est accru avec l'arrivée en vagues successives de milliers de personnes fuyant un pays à l'économie moribonde, mais surtout les violences post électorales. A ce jour (21 mai), le bilan des émeutes qui ont été déclenchées à Alexandra, un immense township de Johannesbourg s'établit à 48 personnes tuées, Plus de 13000 personnes ont fui leurs domiciles pour se réfugier dans les églises et les commissariats de police. Les émeutes s'étendent en ce moment à Durban, une autre grande ville d'Afrique du Sud. Le président sud africain, Thabo Mbeki a appelé ses compatriotes à la retenue et au respect du droit des étrangers.
Faut-il lier le déchaînement des violences contre expressément les citoyens zimbabwéens réfugiés en Afrique du Sud à la situation qui prévaut dans leur pays d'origine, une situation faite de violences post électorales ? Ces événements sont-ils orchestrés par les autorités sud africaines, dans l'unique but de créer des difficultés à Morgan Tsvanguirai, l'opposant du président zimbabwéen Robert Mugabe. On sait aujourd'hui que de tous les membres de la Communauté des Etats de l'Afrique australe (SADEC), Thabo MBeki, le président de l'Afrique du Sud et son homologue angolais Dos Santos sont les deux à avoir une attitude conciliante envers l'octogénaire zimbabwéen qui, se sachant battu aux législatives et au premier tour de la présidentielle du 29 mars dernier a empêché pendant plus d'un mois la publication des résultats du scrutin présidentiel. De là à soupçonner Thabo MBeki d'instrumentaliser ses compatriotes pour qu'ils chassent et tuent les Zimbabwéens, il y a un fossé que nul n'ose sauter pour le moment. La mondialisation de la vie chère explique-t-elle cette éruption xénophobe ? On est tenté de le croire quand on entend les révoltés sud africains crier que les immigrés zimbabwéens sont venus pour prendre leurs places et leurs logements. C'est la rengaine qui se trouve à la base de tous les problèmes d'immigration.
Certes, ces atrocités se déroulent loin de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, un pays ouest africain qui abrite une réunion d'experts sur la coopération en matière de migration irrégulière. La réunion a regroupé du 20 au 22 mai 25 délégations africaines, 17 délégations venues d'Europe et 8 organisations et institutions internationales. Au cours de leurs travaux, les délégués auront une pensée pieuse pour les victimes des exactions qui ont eu lieu en Afrique du Sud.

Basile Baloum

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne:31 mai 2008