Nos rubriques

Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Dossier1

Dossier 2

Dossier 3

 

 


 

 

 

 

 

Ailleurs dans le monde




Robert Mugabé
Sa candidature était de trop


Plus de dix jours après l'organisation du scrutin présidentiel au Zimbabwe couplé avec les élections législatives, municipales et sénatoriales, les résultats ne sont pas encore rendus publics officiellement. L'élection présidentielle qui a eu lieu le 29 mars dernier a opposé le président sortant Robert Mugabe à son challenger historique, Morgan Tsvangirai. Robert Mugabe, âgé de 84 ans, auréolé du titre de héros de l'indépendance, leader du Front patriotique/Union du Zimbabwe (ZANU-PF) brigue un sixième mandat après cinq autres consécutifs. Le parti au pouvoir depuis l'indépendance du pays a été battu aux législatives par le Mouvement démocratique pour le changement (MDC), le principal parti d'opposition dont le président est Morgan Tsvangirai. Le MDC a la majorité absolue à l'Assemblée nationale. En effet, le MDC et une de ses ailes dissidentes ont remporté 106 sur les 210 que compte le Parlement zimbabwéen. Pour la présidentielle, Tsvangirai aurait remporté 50,3% des suffrages exprimés contre 43,8 à Mugabe. C'est la première fois depuis l'indépendance que Mugabe et son parti, le ZANU-PF, connaissent une telle défaite. C'est la première fois également qu'ils connaissent une si grande humiliation. Le 4 avril, Morgan Tsvangirai a appelé Mugabe à la formation d'un gouvernement d'union nationale. Pendant ce temps, le ZANU-PF se réunissait au tour du vieux leader pour élaborer des stratégies de contre attaque pour le second tour qui devrait, selon toute logique, et si l'on respecte les dispositions du code électoral, se tenir le 19 avril prochain. " Nous sommes affaiblis, mais pas hors jeu ", a déclaré un responsable de ce parti avant la réunion.
Mais en l'absence de résultats officiels indiquant qu'un des candidats a eu la majorité absolue des 51% des suffrages pour qu'un second tour soit inutile ; en l'absence aussi de chiffres qui montrent qu'un second tour est nécessaire, le parti au pouvoir a beau jeu. En attendant, le ZANU-PF a demandé un recomptage des bulletins. On dit aussi que le président Mugabe a la possibilité de prendre un décret pour repousser l'organisation du second tour dans 90 jours. Comme quoi, en Afrique, les dictateurs ne manquent pas d'imagination, même les plus abjectes et les plus criminelles pour se maintenir au pouvoir contre la volonté d'un peuple qui a clairement tranché, condamnant une gestion de 28 ans qui ne lui a pas apporté grand-chose. Tout est bon pour conserver le pouvoir, et Mugabe voudrait mourir au pouvoir. Mais sa gestion du pays a été désapprouvée par les Zimbabwéens. Aujourd'hui, l'inflation est à six chiffres. Les denrées de première nécessité manquent cruellement, obligeant les populations à aller s'approvisionner en Afrique du Sud voisine quand elles le peuvent. Pourtant, le Zimbabwe fut le grenier de cette partie australe de l'Afrique. Devant une telle situation, l'instinct de survie du vieux leader l'oblige à recourir et à brandir les stéréotypes comme la restitution des terres confisquées aux blancs à leurs anciens propriétaires. Les militants du parti présidentiel, obéissant à l'œil et au doigt, sont allés occuper les fermes encore détenues par les blancs qui, disons-le, ont la nationalité zimbabwéenne. Les responsables du ZANU-PF leur ont fait croire qu'en cas de victoire de l'opposition, toutes les terres que Mugabe avait déjà retirées aux blancs leur seront remises. Les anciens combattants ont été rappelés à barrer la route à l'opposition qui, selon les dirigeants du ZANU-PF, seraient composés d' "hommes vendus" à l'ancienne puissance coloniale, la Grande Bretagne. Mugabe agite la menace d'une nouvelle colonisation du Zimbabwe par l'occident en cas de victoire de l'opposition. Et comme pour donner foi à ces arguments de désespoir et de bas étage développés par le président Mugabe, le chef d'état-major de l'armée nationale de libération affirme qu'il n'accepterait jamais de recevoir les ordres de quelqu'un qui n'a pas combattu pour la libération du pays. Voici comment on instaure les gérontocrates dans un pays. Voici comment on caporalise un peuple. Il n'y a pas meilleure façon pour déifier un homme que celle-ci. Il n'existe pas non plus de meilleure manière d'hypothéquer l'avenir d'un pays que de lier son sort à celui d'hommes qu'on voudrait indispensables. Un pays comme le Zimbabwe qui aspire à la modernité et au progrès peut-il lier son sort à celui des anciens combattants ? Certes, ils ont combattu l'occupant blanc, certes, ils ont libéré le pays. Ils ont amplement rempli leur devoir vis-à-vis de la Nation. Ils devraient être fiers que la relève soit assurée par une jeunesse consciente et clairvoyante. Malheureusement, cela ne semble pas être le cas ici au Zimbabwe.
Morgan Tsvangirai et son parti ont adressé une lettre à la Cour constitutionnelle pour qu'elle oblige la Commission électorale indépendante du Zimbabwe à publier les résultats. Dans une déclaration parue dans un journal britannique "The Guardian" de Londres, le leader de l'opposition zimbabwéenne a dit que le pays est sur "le fil du rasoir".
Ce que redoutent aujourd'hui les voisins du Zimbabwe, ce que redoutent l'Afrique et le monde, c'est la répétition du scénario kenyan. Et si l'on y prend garde, le Zimbabwe va devenir un autre Kenya. Les peuples africains acceptent de moins en moins que des dictateurs, appuyés par des partis Etat détournent leurs choix. Ils rejettent, et ils le feront davantage comme au Kenya, comme au Nigeria il y a une année, comme au Sénégal et en Ethiopie, etc. les diktats des pères fondateurs et hommes providentiels. A présent, le Zimbabwe réunit tous les ingrédients de la crise post électorale qui a éclaté au Kenya après l'élection présidentielle du 27 décembre 2007. Au Kenya hier, comme au Zimbabwe aujourd'hui, des hommes refusent l'alternance. Ils confisquent le choix clairement exprimé par leurs peuples. Rappelons-nous qu'au Nigeria, il y a eu plus de 200 personnes tuées à la suite d'une élection présidentielle mal conduite. Au Kenya, bien que le décompte macabre ne soit pas prêt de se terminer, on estime à ce jour que le fauteuil de Mwai Kibaki flotte sur une mare de sang de plus de 1500 de ses concitoyens. Combien de vies humaines seront fauchées au Zimbabwe, vu la détermination de chacun des deux camps ? Mugabe, le héros de l'indépendance du Zimbabwe méritait une sortie plus glorieuse de la scène politique. Mais par son entêtement et celui de son parti, il risque de patauger dans le sang de milliers de Zimbabwéens pour gagner la porte de l'histoire. Ce sera bien triste pour l'Afrique et sa démocratie. C'est très "tristant" pour le Zimbabwe, pour le ZANU-PF et surtout pour Mugabe

Par Basile Baloum

Jeux olympiques et droits de l'homme
Le faux dilemme des occidentaux

On est tout de même surpris par les protestations que soulève le passage de la flamme olympique dans les capitales occidentales. A Athènes en Grèce, la patrie des Jeux Olympiques des temps modernes, à Londres et à Paris en attendant d'autres capitales où la mèche enflammée devra passer, il y a eu des manifestations qui ont nécessité la mise en place d'un service d'ordre pour dissuader les manifestants. A Paris, en France, la cérémonie a été écourtée, les voies qu'elle devrait prendre détournées à cause des manifestations de protestations. Les informations qu'on reçoit de San Francisco, la métropole américaine qui est la prochaine étape de la flamme olympique indiquent que la mèche risque de réchauffer l'atmosphère. Quoi de plus normal que le climat se réchauffe au contact d'une flamme !
Mais voilà, le choix d'un pays, le choix d'une ville pour abriter une conférence internationale, pour abriter un colloque, pour abriter la Coupe du monde de football, etc. obéit à un certain nombre de critères, des exigences et des conditions que doivent remplir ce pays et cette ville. Le choix de la capitale chinoise Pékin pour abriter les Jeux Olympiques de 2008 a certainement respecté ces critères standards. Dans les votes qui ont précédé ou qui ont sanctionné ce choix, les délégations occidentales ont des voix prépondérantes compte tenu de leur potentiel économique, technologique, du nombre de disciplines pratiquées et de la taille de leurs délégations présentes à ces jeux. D'autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte : liberté de la presse, respect des droits humains, facilités de communication avec le reste du monde, sécurité des athlètes, notamment en ces temps où les terroristes peuvent frapper partout et qui ils veulent. Qu'on se rappelle des athlètes israéliens pris en otage par un commando palestinien aux Jeux Olympiques de Munich en République fédérale d'Allemagne en 1972. Sur la diversité de ces points examinés, la Chine et sa capitale ont passé haut la main. Les principales puissances sportives du monde ont porté leur choix sur Pékin. Leur choix s'est fait après la tuerie de la place Tien Amen en 1989 qui a fait plus de 3000 morts parmi les étudiants. C'est dire qu'en donnant leurs voix à la Chine au détriment d'autres concurrents, ils le faisaient en connaissance de cause. Pourtant, le choix qui a été libre, s'est porté sur la capitale chinoise.
Etait connue également la situation politique chinoise faite de bannissements de dissidents après leur emprisonnent et leur retour des camps de rééducation. Quant au problème du Tibet, il existe depuis 1950, où au lendemain du régime communiste dirigé par Mao Tsétung à Pékin, l'armée chinoise envahit le Tibet, contraignant le Dalaï lama à l'exil en Inde d'où il dirige un gouvernement. Mais du fait de la présence de la Chine au Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies avec droit de veto, la question n'a jamais fait l'objet d'un débat au cours d'une assemblée générale de l'organisation internationale, ni au sein du Conseil de sécurité. Tout ceci, les pays occidentaux le savent, mais cela ne les empêche pas d'avoir de bonnes relations diplomatiques avec la Chine, au mépris des droits de la personne humaine.
Alors d'où vient aujourd'hui ce sursaut d'humanité ou d'humanisme des foules occidentales qui veulent s'opposer au voyage de la flamme olympique pour Pékin sous le prétexte que la Chine a des attitudes attentatoires aux droits du peuple tibétain qui, à la faveur des Jeux Olympiques d'août prochain veut internationaliser davantage sa lutte en se soulevant à Lhassa, contre l'occupant chinois ? Pourquoi les gouvernements occidentaux qui ont été pendant plus d'un demi-siècle complices de la Chine, permettant à celle-ci de violer délibérément et quotidiennement les droits du peuple tibétain se réveillent brusquement, à l'approche des Jeux pour exiger le respect de ces droits par le régime de Pékin ? Certains hommes d'Etat occidentaux vont même jusqu'à brandir l'arme du boycott des Jeux. C'est de la pure hypocrisie. Hypocrite, l'occident l'a toujours été, tout au long de l'histoire. N'est-ce pas cette hypocrisie qui lui a permis de dominer le monde ?

Basile Baloum

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 20 Avril 2008