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Poutine comme Obasanjo


Le Nouveau Président Russe en compagnie de son épouse

Le président russe Vladimir Poutine a adoubé un dauphin politique, Dimitri Medvedev qu'il a fait élire président de la Fédération de Russie le dimanche 2 mars dernier. En avril 2006, le président nigérian, Olusegun Obasanjo s'était comporté de la même manière. Employant la même stratégie et usant des mêmes subterfuges pour ne pas quitter le pouvoir, il a fait élire à la tête de la République fédérale du Nigeria Umaru Y'aradua, l'ancien gouverneur de l'Etat de Katsina. Pour préparer et réussir son forfait, le Nigérian avait "déshérité" son dauphin constitutionnel, le vice-président Atiku Abubakar au profit de Umaru Y'ardua.
A Moscou, comme à Abuja il y a une année, les deux hommes se sont trouvés dans l'incapacité de modifier la Constitution de leur pays pour briguer un troisième mandat consécutif à la tête de l'Etat.
L'Afrique ne détient pas l'apanage de la mal gouvernance. L'Afrique ne détient pas non plus le record des chefs d'Etat qui rêvent de pouvoir à vie. L'Afrique n'est pas non plus le continent où pour avoir le pouvoir et le conserver indéfiniment, les hommes sont prêts à tricher, à mentir, à voler, à corrompre, à trahir, voire même à tuer s'il le faut. L'histoire de l'humanité est faite de retournement de veste où des amis d'hier se vouent aujourd'hui une haine bestiale, d'alliances contre nature, des relations d'amitié de circonstance, etc. Quelle différence y a-t-il entre un chef d'Etat qui modifie la Constitution de son pays dans l'objectif bien avoué de faire voler en éclats le verrou qui limite le nombre de mandats et cet autre qui, se trouvant dans l'impossibilité de la traficoter en supprimant le " maudit " article de la Constitution qui fixe le nombre de mandats à deux, se fabrique un dauphin, trouve un homme de paille, avalise un faire-valoir qu'il propulse à la tête du parti et le fait élire plus tard comme président à sa place ? Il part de la présidence tout en restant, du moins avec l'assurance qu'on ne fouillera pas sa gestion pendant qu'il se trouvait aux affaires.
En Russie, le président Vladimir Poutine, après deux mandats consécutifs, ne voulait pas quitter le pouvoir. Mais la Constitution l'y obligeait. Il s'est trouvé un dauphin en la personne de Dimitri Medvedev. Le dimanche 2 mars, Medvedev a été élu président à l'issue d'une campagne présidentielle pendant laquelle le parti de Poutine a fait la loi. Il en fut de même le jour du scrutin. De nombreuses irrégularités, dont certaines graves sont signalées. Medvedev élu président de la Russie, c'est Poutine qui est en fait réélu. C'est la parfaite continuité.
En avril 2006, Olusegun Obasajo était dans la même situation. D'où la singularité et la similitude dans la démarche des deux hommes. Olusegun Obasanjo a fait au Nigeria ce que Poutine a fait en Russie. Mais auparavant, il a tenté sans succès de faire modifier la Constitution par l'Assemblée nationale où son idée a rencontré une vive opposition animée notamment par son vice-président Atiku Abubakar. En réaction, il a exclu Atiku qui était en quelque sorte son dauphin du Parti démocratique du peuple (PDP), le parti au pouvoir. Les élections qui se tinrent le 21 avril 2006 furent une vraie parodie électorale ; elles ont été dénoncées par la quasi-totalité de la communauté internationale. Elles furent décriées par tout le monde à cause des énormes irrégularités qui les entachèrent. Umaru Y'arudua, l'homme de paille de Olusegun Obasanjo a été élu, tout comme Dimitri Medvedev aujourd'hui en Russie. L'ancien président russe, deviendra Premier ministre, tandis que Obasanjo se contentera de tirer les ficelles du pouvoir dans l'ombre.
Il se trouve qu'il y a des chefs d'Etat qui ne reculent pas devant les cris de désapprobation de leur peuple. A l'aide d'une Assemblée nationale qui rampe à leurs pieds et prête à faire leurs une et mille volontés, il réécrit la Constitution selon leurs convenances et à la mesure de leurs ambitions : demeurer au pouvoir jusqu'à la mort. C'est le cas de Blaise Compaoré au Burkina Faso qui a fait voter le 27 janvier 1997 un texte modifiant l'article 37. Dans le nouvel article, il n'est nulle part fait mention ni du nombre, ni de la durée du mandat présidentiel. Ce texte a été promulgué par le Décret N°97-063/PRES du 14 février 1997. La Constitution sera modifiée une fois encore en 2001. Cette nouvelle mouture détermine la durée du mandat présidentiel à cinq ans rénouvelable une fois. Les mauvaises langues ne cessent pas de dire qu'après la double révision de la Constitution, le Burkina Faso assistera aussi à la désignation par Blaise Compaoré d'un dauphin pour lui succéder quand viendra le moment pour lui de quitter le pouvoir.
Le président Paul Biya a fait cas dans son message de Nouvel An de son intension de réécrire la Constitution camerounaise en supprimant la limitation du nombre de mandats. D'ores et déjà, cette idée qui n'est qu'au stade d'intension est la cause de la mort d'une centaine de personnes. Certainement que c'est trop pour qu'un homme comme Paul Biya renonce. Le fauteuil du président Mwai Kibaki est posé au sommet d'un tertre contenant plus de mille corps de ses concitoyens. Paul Biya pense que les manifestants de Douala, de Yaoundé, de Bamenda et des autres villes camerounaises ont été manipulés par des " apprentis sorciers " qui en veulent à son pouvoir. Il est difficile au président Biya de se faire une idée de l'ampleur du rejet que son projet de révision constitutionnelle est l'objet. Les manifestations s'étant déroulées sur fond de révolte contre la vie chère. Apparemment, tout semble indiqué qu'il n'est pas prêt à abandonner son idée de présidence à vie

Par Basile Baloum

Côte d'Ivoire
L'accord politique de Ouagadougou a un an

Voilà un an qu'était signé à Ouagadougou, dans l'allégresse générale, l'Accord politique inclusif de Ouagadougou, sous l'égide du président du Faso Blaise Compaoré. Les signataires étaient le Président de la République de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo et le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces Nouvelles, l'ex-rébellion. L'opposition politique non armée constituée par le PDCI/RDA, le RDR et autres partis n'était pas signataire. Toutefois, elle n'a pas condamné l'accord. Les engagements pris sur place à Ouagadougou par chacune des deux parties faisaient penser que la fin de la crise était proche, car l'élection présidentielle était prévue pour juin 2008. L'espoir renaissait pour les populations habitant les deux rives de la Comoé. Douze mois après, quel bilan peut-on faire ?
Le président burkinabè, Blaise Compaoré avait été désigné facilitateur dans la crise ivoirienne par ses pairs de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) lors du sommet de l'organisation sous régionale de 2007 après le constat que la médiation menée par le président sud-africain Thabo MBeki s'est enlisée. Toutefois, le Sud-africain n'a pas démérité. Dès sa nomination comme médiateur dans la crise ivoirienne par l'Union africaine et l'Onu, il s'est attaqué à sa résolution en vue de ramener la paix dans la maison Côte d'Ivoire. L'échec de la médiation de Thabo Mbeki est dû au manque de sincérité des acteurs de la crise, à une absence totale de confiance entre le camp présidentiel et la rébellion. Il revenait à Blaise Compaoré de travailler pour casser ce mur de méfiance entre les protagonistes de la crise ivoirienne. C'est ce qu'il a fait jusque-là avec bonheur.
La désignation de Blaise Compaoré comme médiateur dans crise ivoirienne a permis au Burkina et à la Côte d'Ivoire d'avoir des relations plus apaisées. Du côté de la lagune Ebrié, le Burkina Faso et son président étaient perçus comme la base arrière et le parrain de la rébellion. Depuis, le défilé incessant, le jour comme la nuit des responsables ivoiriens au palais de Kosyam est la preuve que le processus de paix avance. Blaise Compaoré a nommé son représentant spécial en Côte d'Ivoire pour le suivi de l'Accord de Ouagadougou en la personne de son ancien ministre de la Justice Boureima Badini.
Mais ce ne sont pas les obstacles qui ont manqué et qui manquent. On se contentera de signaler à cet effet l'attentat contre l'avion du Premier ministre à Bouaké en pleine zone rebelle en juin 2007. Il y a aussi les bruits de préparation de coups d'Etat attribués à l'ex-sergent IB. Il y a surtout les interminables discussions sur l'intégration des deux états-majors, les problèmes de l'identification, etc. Mais il faut convenir que la fin de crise dans laquelle le pays du président Félix Houphouët Boigny est plongé depuis le 19 septembre 2002 ne peut venir de la volonté des Ivoiriens et d'eux seuls de faire la paix

Ouézen Louis Oulon à Chicago

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 mars 2008